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Domaine français Magies cinéphiliques

novembre 2020 | Le Matricule des Anges n°218 | par Guillaume Contré

Didier da Silva raconte l’histoire improbable d’un chef-d’œuvre presque inconnu du cinéma des années 70 et de son réalisateur.

Où étiez-vous pendant l’été 74 ? » demande d’entrée de jeu Didier da Silva à ses lecteurs. Le réalisateur Pascal Aubier, lui, savait très bien où il était : il tournait un court-métrage qui était à la fois une œuvre d’une grande beauté plastique et un tour de force technique ; un seul plan séquence chargé d’essuyer les plâtres d’une nouvelle caméra révolutionnaire, la Louma.
« De verts feuillages envahissent l’œil, des chants d’oiseaux l’oreille » : ainsi commence le film Le dormeur, qui fait d’un célébrissime poème rimbaldien une dérive picturale virevoltante dans le paysage accidenté d’un coin paumé des Cévennes. Didier da Silva l’a découvert par hasard ; une heureuse découverte, certainement : « Dès les premières secondes, je suis happé ; en apnée. Et chaque seconde qui passe coupe plus profondément le souffle. Je ne suis plus qu’un œil grand ouvert et comblé ».
Le voici qui s’empare tout d’abord des huit minutes du film, qu’il nous décrit dans tout ce qu’il a de grâce suspendue à un fil délicat, puis – ou surtout – de la personne de son réalisateur, ce Pascal Aubier qu’il est allé rencontrer ; une personne aussi extravagante que discrète qui aura été à la fois au centre et un peu en marge de l’effervescence des années 60 et 70, et qui aura continué son bonhomme de chemin à sa façon, semant ici et là, comme par inadvertance, des films. Le genre de réalisations qui préfèrent assumer leur singularité plutôt qu’occuper ostensiblement les podiums.
Il faut dire que ce Pascal Aubier, quand bien même peu connu, hormis chez les cinéphiles intrépides, est un sujet en or pour un écrivain comme da Silva, qui sait ramasser les cailloux qui se présentent à lui et les faire rentrer dans sa petite cosmogonie personnelle. Pour tout dire ou pour le dire avec une phrase toute faite, Aubier a eu une vie des plus romanesques, pleines d’aventures, de voyages, de célébrités du cinéma et des lettres (Godard ou Modiano, avec qui il a travaillé), de jolies filles et de fêtes homériques. Bref, une vie libre dans un milieu privilégié. Le genre de vie qui, soyons franc, fait un peu rêver. Et qui laisse un peu perplexe aussi, parfois : n’est-ce pas trop, tout ça, ou alors pas assez ?
Le tournage du Dormeur n’aura vraiment pas été une sinécure : un délire plutôt, un travail titanesque (des mètres de rails lourds comme des ânes morts à installer sur un terrain plus qu’accidenté pour que la caméra puisse ensuite donner l’impression de voler avec la légèreté d’un colibri) et tout cela avec une foi à toute épreuve dans l’image : rien ne garantissait, avant développement, que l’une des trois prises serait la bonne. Ce côté quitte ou double, cette dépense d’énergie folle dit bien aussi l’esprit de l’époque. Et puis l’équipe du film, dont une bonne partie est recrutée sur place parmi les travailleurs immigrés du coin, a des allures de communauté utopique.
Didier da Silva s’approprie tout ça avec un plaisir contagieux : il faut dire que sa prose, elle aussi, sait virevolter et fureter comme une caméra libre de toutes attaches. Ainsi ne prétend-il pas écrire une biographie du cinéaste ou un travail critique sur son œuvre ; c’est plutôt une approche personnelle, sensible, qui le guide : au même titre qu’Aubier, il est lui-même un des personnages du livre, une sorte de reporter improvisé qui s’invite dans le salon parisien farfelu du réalisateur pour le faire parler de ses voyages mexicains ou russes, d’anecdotes de ses films, de ses amours ; ainsi se rend-il sur les lieux du tournage du Dormeur, en quête de certains de ceux qui en furent les acteurs ou les techniciens d’un jour ; ainsi rencontre-t-il encore l’inventeur de cette fameuse Louma, un homme fort occupé qui lui raconte comment cette caméra qui n’était encore qu’un projet bricolé avait déjà conquis un Spielberg qui ne tarderait pas à devenir la figure que l’on sait. Bref, c’est tout un petit (un grand) monde qui se dévoile à partir de ces huit belles minutes de pellicule.

Guillaume Contré

Le Dormeur
Didier da Silva
Marest éditeur, 132 pages, 14

Magies cinéphiliques Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°218 , novembre 2020.
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