La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Le roman qu’on s’en fait

février 2021 | Le Matricule des Anges n°220 | par Éric Dussert

Sous le signe de Mnémosyne, Christophe Etemadzadeh signe une ambitieuse tentative d’épuisement d’une mémoire d’aujourd’hui.

Il y a mille façons de vivre, mille façons de rêver et plus de manières de se souvenir encore. Le Musée des rêves de l’Argentin Miguel A. Semán (La Dernière Goutte, 2017) en faisait même une fable politique. En général, l’humanité a trouvé dans la littérature et les arts de l’image le moyen de fixer les choses pour parvenir à se les remémorer, plus tard. C’est une façon de lancer des jalons dans le futur, des bouées sensorielles dont beaucoup, il est vrai, se dégonflent entre-temps. Il est même certains individus, qui, loin de se contenter des sensations du présent, quotidien, intangible, tirent sur le fil des rêves ou de la mémoire (Proust évidemment) pour exprimer ce qui d’eux exsude et ce qui les compose. Christophe Etemadzadeh est de ceux-là. Comme les dentistes qui forent où cela fait mal, comme les mineurs qui piquent où le diamant s’est niché, ils ont compris que leur identité dépend de leur mémoire. Nul besoin de psychanalyse à ce stade pour comprendre le lien entre mémoire et identité. La Vie sans savoir est l’entreprise d’un écrivain pour former correctement la boucle des lacets qui lui permettront d’avancer sans tanguer en se ficelant avec ces mêmes liens.
Issu de l’histoire du père, donc de l’histoire du grand-père, l’écrivain-traducteur Beh-Azin, Iraniens tous deux, et de celle de la mère, une Belge, Christophe Etemadzadeh revisite son enfance par fragments signifiants à l’instar d’un Arno Dubois retrouvant dans La Langue du père (Cambourakis, 2019) les fondements de son identité. Beaucoup plus de figures grammaticales et même d’haplologie chez Etemadzadeh qui a placé la barre haut. Il a l’ambition de produire un livre éblouissant. Méthodique mais éblouissant – objectif aussi de son recueil d’aphorismes, L’Orgueil qu’on enferme (Liber, 2013) –, tentant l’alliance de la fantaisie et de la fiction, ressassant la question qui vaut pour chaque existence, parce qu’elle est exactement celle qui structure les destins : que devient-on avec les outils que l’on nous donne ? Une façon de s’interroger sur ce que pouvons-nous être, avant de nous demander ce que nous sommes. Et puis il y a ce père Zardosht qui était déjà le sujet d’un récit à son nom (Gallimard, 2006), figure majeure d’une enfance baignée dans les lumières du Nord et de la Belgique, comparée à une chambre d’enfant occupée par des petits trains électriques, et les odeurs de gaufres fourrées… Une madeleine comme une autre, avec ses mauvais souvenirs d’œil blessé – épisode vécu sans aucun sens de la tragédie au demeurant – et puis il y a les autres, justement, si différents du colérique paternel. Ils offrent au narrateur des occasions de multiplier ce que, au fond, on sent qu’il préfère : formuler des observations morales, laisser sourdre des sagesses acquises au contact des hommes : « Avec le temps, soit que nous progressions dans la connaissance des hommes, soit que se dévoilent ou se trahissent ceux que nous fréquentons, nous finissons comme on classe des fleurs dans un herbier, par assigner les individus que nous paraissaient les plus singuliers à telle ou telle catégorie d’être (sociale, culturelle, psychologique ou intellectuelle). Je ne parvins jamais à dire d’où venait Henri ni qui étaient ses semblables à supposer qu’il en sût. Etait-il seul de son espèce ? »
Si Christophe Etemadzadeh est le seul de son espèce, il est un peu tôt pour le dire. D’ailleurs, il faut laisser aux quatre cents pages de La Vie sans savoir la possibilité de se déployer, emmagasiner ce sable nourrissant qu’on nomme le Temps. En attendant, il n’est pas inutile de plonger dans ce retour mémoriel, ne serait-ce que pour vérifier la sentence qu’énonce Jean-Benoît Puech au dos de son nouveau roman, La Préparation du mariage : « Chacun ne connaît de sa vie que le roman qu’il s’en fait. » Une autre façon de dire que personne n’éprouvera la sensation d’aporie que le jeune Christophe avait subie, lui, en découvrant qu’il était « enfin à la mer, sa spectaculaire absence. Quoi ! C’était ça, la mer ? »

Éric Dussert

La Vie sans savoir
Christophe Etemadzadeh
Arléa, 400 pages, 20

Le roman qu’on s’en fait Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°220 , février 2021.
LMDA PDF n°220
4,00 €