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Histoire littéraire Les mots et les doses

mars 2021 | Le Matricule des Anges n°221 | par Jérôme Delclos

Le récit hagiographique du trip de Michel Foucault dans le désert Mojave est à lire comme une BD de Crumb.

Foucault en Californie

Foin de l’enthousiasme de sa quatrième de couverture, le livre laisse perplexe. Surtout promu comme la preuve qu’une prise de LSD par Foucault en 1975 aurait « bouleversé son existence et son œuvre », le récit de Simeon Wade, le très allumé guide du penseur français dans la Death Valley, peine à convaincre, ainsi qu’à pouvoir « aussi être lu comme un texte littéraire », tant il est écrit avec les pieds. Mais, en guise de consolation, on trouvera Foucault en Californie puissamment drolatique.
Il faut dire déjà, en dépit de la préface de la chercheure Heather Dundas, que le récit de Wade, serait-il véridique, n’entraîne pas moins son allure de faux derrière lui comme le copain de Charlie Brown sa couverture. Tout, dans la rencontre et les dialogues de Wade et son ami Michael Stoneman avec Foucault, est auto-caricatural. On se croirait dans Le Gendarme en balade, quand le maréchal des logis-chef Cruchot rencontre « les hippies ». Adorateurs éperdus de Foucault, fascinés par son look et sa calvitie, Simeon et Mike, profitant d’un séminaire du maître à Berkeley, ourdissent de l’attirer chez eux. Mais las, ils vivent à Claremont, « une ville universitaire sans intérêt ». Soudain, une idée de génie, comme on en a sous mescaline ou champignons : « administrer à cet intellectuel un élixir céleste, une pierre philosophale digestible capable de démultiplier à l’infini la puissance cérébrale ─ un enchantement  ». Dans ce chapitre de la gamberge du plan, Simeon et Mike sont touchants de candeur : « Tels deux Ève, nous lui donnerions le fruit de l’arbre de la connaissance ». On va à Berkeley, on s’enhardit à aborder l’auteur de l’Histoire de la folie, on lui vante la Vallée de la Mort comme à l’office de tourisme. Banco : « J’ai une préférence pour les climats chauds et j’ai passé beaucoup de temps en Afrique du Nord », leur confie Foucault. S’ensuivra une interview interminable, les deux chevelus enchaînant des questions qui révèlent plus leurs préoccupations propres qu’un réel intérêt pour la pensée du dieu vivant. Foucault fait-il du hatha yoga ? Non, de la gymnastique. A-t-il un chien ? Que nenni, mais sa mère en a un. A-t-il lu Carlos Castaneda ? Seulement L’Herbe du diable et la petite fumée. Aime-t-il le haschich ? « Oui, je fumerais bien un joint ». Fait-il, à Paris, ses courses au marché ? « Non, rit Foucault, je me contente d’aller au supermarché de ma rue ». A-t-il visité « les bars interlopes de Folsom Street » à San Francisco ? « Bien entendu, répondit Foucault avec le sourire d’un clown maléfique ». A-t-il chez lui « la panoplie du leather man ─ la casquette à visière en cuir, les jambières, les pinces à téton, et tout le reste » ? Pourquoi donc est-il chauve ? Etc., etc., les deux fans soumettant le bonze à un QCM endiablé auquel, placide, il se prête aimablement sans jamais manifester, malgré la chaleur, aucun signe de fatigue ni même de micro-irritation.
Vient enfin le jour tant attendu de l’acid test dans le désert. Quatre heures de route et l’on est sur place. Les deux compères demandent à Foucault s’il a vu le film Zabriskie Point. Oui, « à la télévision française », si bien que la qualité n’était vraiment pas terrible. Wade prophétise : « Vous verrez ici la réalité dans un état étrange. Vous aurez envie de revoir le film ». Sur ce, on gobe « la potion ». C’est la nuit, la révélation psychédélique en écoutant Stockhausen et Strauss. Magistral et éberlué, Foucault proclame : « Le ciel a explosé et les étoiles me pleuvent dessus ». Il comprend, pêle-mêle, sa fascination pour Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry, l’origine de son orientation sexuelle, et sans doute pas mal d’autres trucs. Wade lui demande si cet événement aura des effets sur son travail. « Absolument, répondit-il ». Mais le bouquin n’en dit pas plus : mauvaise descente de trip de lecture pour les foucaldiens.
Le lendemain du raid, encore de beaux morceaux d’anthologie. À Wade qui cherche « des solutions », Foucault assènera « Il n’y a pas de solutions ! » Alors, « au moins quelques réponses » ? Réponse, en forme de koan zen, de « Country Joe Foucault » comme le surnomme « la bande de Bear Canyon » : « Il n’y a pas de réponses ! » Flippant, non ? Au sujet du livre, sa préfacière forme pour nous le vœu suivant : « Que votre vie en soit enrichie ». Trop cool.

Jérôme Delclos

Foucault en Californie
Simeon Wade
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Gaëtan Thomas,
Zones, 141 pages, 16

Les mots et les doses Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°221 , mars 2021.
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