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Domaine étranger Toller, témoin engagé

avril 2021 | Le Matricule des Anges n°222 | par Thierry Cecille

Au moment même où les nazis brûlent ses livres, l’écrivain et dramaturge retrace son parcours et celui de l’Allemagne : de 1893 à 1933, comment en sont-ils arrivés là ?

Le Livre des hirondelles

En ces temps de commémoration (discrète pour le moins…) de la Commune, il est passionnant de redécouvrir une autre révolution – elle aussi idéaliste et confuse, avortée et noyée dans le sang : celle qui se répandit dans certaines villes allemandes en 1918-1919, à l’occasion de la défaite et de la fin de l’Empire. Nous gardons en mémoire l’assassinat atroce de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg. À Munich fut instaurée une éphémère République des conseils de Bavière dont Ernst Toller fut un des principaux acteurs – un peu par hasard mais avec passion. Il échappa à la mort mais fut condamné à cinq ans d’emprisonnement en forteresse, où il écrivit pièces de théâtre et poèmes, alors qu’un autre prisonnier, en ces mêmes années, travaillait à un autre type d’ouvrage, qu’il intitula Mein Kampf
Alors que ce titre, Le Livre des hirondelles, est une allusion à ces fragiles camarades de hasard qui voudraient s’abriter dans sa cellule et que les gardiens chassent sans pitié, celui de la première édition (L’Âge d’homme, 1974) annonçait plus clairement l’objectif poursuivi : Une jeunesse en Allemagne. Ernst Toller, loin de se présenter comme exceptionnel, se considère plutôt comme un témoin et un acteur représentatif de sa génération et c’est la lucidité exigeante dont il fait preuve qui donne tout son poids à cette autobiographie qui est également le diagnostic d’une faillite. Il le déclare d’emblée : « Erreurs et fautes, renoncements et insuffisances, les miennes comme celles des autres, rien ne devrait trouver des excuses dans ce livre. Pour être honnête, il faut savoir, pour être courageux, il faut comprendre et, pour être juste, on ne doit pas oublier ». Il décrit ainsi l’écolier et l’étudiant studieux qu’il s’efforça d’être, peu conscient des inégalités sociales. Il n’était sans doute guère différent de ses condisciples, comme eux victime plutôt consentante d’un système qui inculque «  la crainte de Dieu, la mentalité d’un sujet, l’obéissance ». Lorsque la guerre éclate, il se porte volontaire – et il nous décrit alors, en quelques scènes pleines d’auto-ironie, la sorte d’illusion lyrico-patriotique qui l’enivre. Mais cette ivresse est de courte durée, l’expérience du front s’avère horrifique, traumatisante : certaines pages ont ici la puissance de celles de Barbusse ou Céline. Ernst Toller, dépucelé de l’horreur, refuse désormais de faire partie de ces « boulons d’une machine qui avance et personne ne sait où elle va, recule et personne ne sait pourquoi  ».
La succession des épisodes qui vont le conduire à devenir chef militaire de la République des conseils à Munich prend la forme d’une épopée parfois burlesque, entre Candide et Les Aventures du brave soldat Švejk – et même les démêlés qui ne cessent d’opposer socialistes et communistes pourraient nous faire sourire, si nous ignorions la tragédie finale. Toller établit les responsabilités, analyse le manque de maturité du prolétariat allemand, mais montre également l’idéalisme et l’esprit de sacrifice qui les animent, lui et ses camarades. Lorsqu’il est confronté à la nécessité d’user de la violence, il se souvient alors : « Les actes désespérés de la Commune de Paris ne doivent pas se répéter ». Mais leur Thiers s’appellera Noske et ils connaîtront eux aussi leur semaine sanglante, avec fusillés sans procès et cadavres dans les rues. Dès son emprisonnement, Toller devient un dramaturge reconnu, mais la victoire d’Hitler le force à l’exil. Il combat bien sûr pour les républicains espagnols mais se suicide, en 1939, lorsque Franco, à son tour, s’installe au pouvoir. Le désespoir, sans doute, l’avait vaincu – alors que les dernières lignes de ce livre exprimaient sa force de résistance, au jour de sa libération : « J’ai trente ans. Mes cheveux deviennent gris. Je ne suis pas fatigué  ».

Thierry Cecille

Le Livre des hirondelles
Ernst Toller
Traduit de l’allemand par Pierre Galissaires
Séguier, 335 pages, 21

Toller, témoin engagé Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°222 , avril 2021.
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