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Domaine étranger Le Clou dans la tête. Journal 2011-2020

mai 2026 | Le Matricule des Anges n°273 | par Didier Garcia

Le Clou dans la tête. Journal 2011-2020

Sixième volume de son journal (les cinq premiers s’étalaient sur un demi-siècle de pratique artistique, de 1961 à 2010), Le Clou dans la tête doit son titre à un projet de roman que Paul Nizon (né en 1929) a mis en chantier en 2007, et qu’il n’a pas mené à son terme. Ce désir romanesque devait être centré sur la rencontre d’une Italienne dans Rome : Maria, qu’il a maintes fois évoquée dans Canto (livre fondateur publié en 1963 sur lequel l’écrivain suisse revient volontiers).
C’est un Paul Nizon nouvelle manière que le lecteur découvre ici. Celui qui se dit être « un diariste invétéré et un chroniqueur du moi » propose dans ces pages un journal beaucoup moins centré sur le quotidien que les volumes précédents. À l’instar de son « Curriculum vitæ parisien » de novembre 2014, qui s’étire sur un peu plus de dix pages, les textes se font plus amples que par le passé et abordent parfois de manière thématique des facettes de son existence, paraissant ainsi délaisser l’exploration du présent. On découvre une entrée du journal consacrée à ses ateliers (ces « îlots dédiés au travail d’écriture où il était interdit de pénétrer, disais-je, où les esprits du travail demeurent le soir enfermés jusqu’au jour suivant »), d’autres à son enfance, ou encore à sa formation de lecteur (« Généalogie », datée du 1er avril 2016).
C’est donc un Paul Nizon davantage désireux de se confier qui s’exprime, sans doute parce que le voici confronté à cette aporie existentielle : alors qu’il tient l’art pour « la clé d’accès à la vie (la clé de l’existence) et en outre la seule tâche concevable et désirable (pour celui qui vit) », l’âge le contraint à ne plus guère écrire. Comment, se demande-t-il alors douloureusement, « tenir tout simplement sans produire ? ». Qu’il se rassure : ces pages de journal, dans lesquelles le lecteur retrouvera l’auto-fictionnaire qu’est Nizon, se lisent vraiment comme un roman.

Didier Garcia

Le Clou dans la tête. Journal 2011-2020,
de Paul Nizon
Traduit de l’allemand par Frédéric Joly, Actes Sud, 336 pages, 23,50

Le Matricule des Anges n°273 , mai 2026.
LMDA papier n°273
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LMDA PDF n°273
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