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Domaine étranger Chute libre ?

septembre 2021 | Le Matricule des Anges n°226 | par Dominique Aussenac

L’Équatorienne Natalia Garcia Freire nous invite à vivre la déchéance d’une famille. Onirique, luxuriant, étouffant.

Un roman gothique, qu’est-ce que c’est ? Pas forcément un roman de chevalerie, genre Ivanhoé, ni un ouvrage ayant pour héros des adolescents aux cheveux hérissés et habillés à la va-comme-je-te-pousse ! Si ce genre littéraire ou cinématographique peut inspirer la peur, délaissant une peinture de la normalité, plongeant dans l’imaginaire, privilégiant l’étrange et le surnaturel, il est avant tout un art de la transgression, de la dénonciation d’un monde hostile. Il y est souvent question d’enfermement dans un lieu plus ou moins sinistre, un château, une maison, mais aussi d’une nature sublimée, support d’émotions esthétiques tout autant que lieu de conflits avec des personnages inquiétants. Généralement, un être, la plupart du temps une femme se retrouve en proie à une créature tyrannique qui tente d’usurper ses biens ou son corps. C’est presque une œuvre de dénonciation féministe d’un pouvoir machiste et patriarcal. En tout cas, c’est ce qu’en a fait Natalia Garcia Freire, née à Cuenca en Équateur en 1991. Si elle a travaillé comme journaliste, elle est aujourd’hui professeur de littérature créative et vit à Madrid. Au titre Mortepeau de ce premier roman traduit en français aussi accrocheur qu’énigmatique, on peut préférer celui espagnol de Nuestra piel muerta (Notre peau morte) qui éclaire un tout petit peu plus car il est bien question ici d’oripeaux, d’insectes nécrophages, de tombes végétales dans cet ouvrage où le cauchemar cède rarement le pas au rêve.
Le roman commence ainsi : « Je ne crois pas que mon défunt père m’observe. Mais son corps est enterré dans ce jardin, ce qui reste du jardin de ma mère, entouré de limaces, d’araignées-chameaux, de lombrics, de fourmis, de coléoptères et de cloportes. Peut-être même qu’un scorpion s’est posé près de son visage à moitié décomposé, et tous deux évoquent les dessins qui ornent les tombeaux des pharaons égyptiens.  » Le héros est un jeune garçon, Lucas, qui deviendra un jeune homme dont on découvrira les métamorphoses dans d’incessants allers-retours passé-présent. L’époque n’est pas précisée, on peut imaginer du fait de déplacements à cheval qu’il peut s’agir du XIXe ou XXe siècle dans une bourgade proche de la forêt équatorienne. La forme est un long monologue accusateur adressé par Lucas à un père despotique, notable dévot autant que cagot qui en accueillant deux hommes dans sa demeure en a troublé l’harmonie et provoqué sa chute. La mère, elle, s’occupe du merveilleux jardin. Passionnée de botanique, elle entretient avec les plantes un commerce presque sensuel. Qui sont ses deux hommes invités à demeure dans cette maison entretenue par une flopée de femmes domestiques ? Des brigands ? Plutôt des êtres sournois, violents, répugnants, vulgaires… Ils s’occupent sommairement de travaux agricoles, mais passent leur temps à boire avec le père et à pincer les fesses des servantes. Lorsqu’ils décident de faire paître les vaches au milieu du luxuriant jardin, la mère d’un coup de carabine abat l’une d’entre elles. Elle sera alors isolée dans une pièce dans laquelle elle s’affaiblira avant d’être conduite à l’asile. Le père lui aussi mourra, le fils depuis longtemps écarté, loué à un lointain paysan, reviendra. « Notre maison m’attend comme une succession de rêves dans lesquels je ne cesse de retomber. Je suis attiré par elle, cette demeure aux murs jaunes et sa terre croûteuse. » Les deux intrus sont toujours là et mangent des cailles.
On ne sort pas indemne de la lecture de Mortepeau. Une prose éminemment poétique décrit une nature luxuriante, emplie d’animaux, surtout des insectes certes repoussants mais vivant en osmose totale avec le biotope et la féminité. Les hommes, eux, apparaissent vils et destructeurs. Quant à la beauté, elle se révèle ici étrangement amère.

Dominique Aussenac

Mortepeau, de Natalia Garcia Freire
Christian Bourgois, 160 pages, 20

Chute libre ? Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°226 , septembre 2021.
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