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Domaine français Bombe humaine

septembre 2021 | Le Matricule des Anges n°226 | par Dominique Aussenac

Dans un style pop et alerte, Alexandre Labruffe nous mène en bateau sur un esquif familial, entre extrême gravité et espiègleries burlesques.

Il est des patronymes qui interpellent. Ainsi celui de Labruffe apparaît singulier. Originaire des Landes, occitan, il signifie quelque chose comme sorcier voire sorcière. Les patronymes influent-ils sur nos destinées, accompagnant notre quotidien d’atavismes aussi ténébreux que telluriques ? On peut légitimement se poser la question à la lecture des romans de l’Alexandre. Le premier, Battre Roger (Éditions d’ores et déjà, 2008), fut écrit à quatre mains en compagnie de Benjamin Limonet et évoque un joueur de tennis français très mal classé (pléonasme) aux allures de perdant plus ou moins magnifique dans un monde de gagnants pitoyables. Le deuxième, Chroniques d’une station-service (Verticales, 2019), pourrait passer pour une simple « banalyse », étude sociologique, auscultation d’un endroit où il ne se passe rien, malgré une agitation incessante, si ce n’était la puissance de l’imagination, l’exacerbation de la paranoïa, associées à un côté provocateur, chien fou, effronté et l’humour dévastateur développés par son auteur. Un hiver à Wuhan (Verticales, 2020), nous avait littéralement assis (cf. Lmda N°218). Contrôleur de qualité dans des usines polluantes, puis attaché d’ambassade en Corée, en Chine, Labruffe chronique les jours précédant la propagation de l’épidémie de Covid, à partir de son centre de diffusion, le Gotham City de l’Empire du Milieu. Un ouvrage aussi édifiant, truculent qu’effrayant, où l’on prie autant pour l’intégrité physique et mentale de l’auteur aux prises avec la police secrète chinoise, que pour l’échec de l’impérialisme jaune et rouge sur le monde et la survie de notre planète.
Toujours sous forme de chronique, Wonder Landes, roman familial, se décline comme une pizza, en quatre saisons. Parler de sororité ou de fraternité, c’est à la fois écrire sur soi-même et évoquer une altérité où se mêlent sang, gènes, vécu commun… Beaucoup de récits rendent hommage, parlent de fusion, d’affects… Celui-ci à la manière d’une enquête policière cherche à comprendre. Il y est question d’un frère aîné et de ses frasques. Il est parfois difficile à l’instar d’un vêtement mal taillé de porter le prénom d’un autre (cf. Vincent Van Gogh). Surtout un prénom donné en souvenir d’un aïeul ayant sauté sur une mine à la fin de la Seconde Guerre mondiale. PHL, pour Pierre-Henri Labruffe, reste toutefois un sacré blaze, encore faut-il l’investir pleinement. Quand on lui parle, les yeux de PHL bougent tout le temps et ne reposent sur rien, surtout pas sur ceux de ses interlocuteurs. Et pourtant, il semble dire et faire tout ce que les autres souhaitent entendre ou attendent. Un phagocyteur de désirs qui ment tout le temps, surfe sur le réel, dépense sans compter, ce qui l’amène auprès de malfrats espagnols ou gitans avec qui il échafaude des projets qui ne font que précipiter sa ruine, celle de son père, la vente de la propriété familiale, jusqu’à la prison… « Théâtre d’ombres, carnaval, manège, il ne parlait jamais de sa vie à personne, mais racontait des histoires à tous. J’ai toujours pensé qu’il était un peu parano, qu’il se protégeait du dehors à l’excès. Emprunter d’autres identités pour échapper à la société, sa machinerie. Emprunter d’autres identités pour fuir la sienne. »
Le narrateur, lui, parce qu’il n’y trouvait pas sa place, s’est échappé très tôt de cette toile d’araignée familiale centrée autour d’un aîné si encombrant qui a su tirer attentions, amours et couvertures de parents psychiatres et universitaires éclairés. Étudiant le chinois, parcourant l’Asie, donnant des cours, écrivant, il vit au loin, en compagnie d’une Coréenne, Kim, à l’accent croquignolet, aux reparties hilarantes, au comportement décalé et cocasse. Que recherche-t-il en Asie ? Peut-être des racines, à la fois un passé, une modernité, une spiritualité, l’attrait de l’eau et du feu, à mille lieues de cet oxymorique territoire de liberté et d’enlisement que sont les Landes ?
Le récit débute lorsque PHL disparaît après avoir « emprunté » le passeport de son frère et laissé un sac au contenu inquiétant. L’histoire s’emballe, tel un torrent, la police enquête, l’inquiétude perce sous le picaresque, le souffle de l’épopée. L’auteur n’est jamais aussi à l’aise que lorsque son imagination débordante ourle le réel et infuse le doute, la crainte, la parano, qu’il se positionne en victime, en mouton prêt au sacrifice, en Isaac avisant le couteau d’Abraham, son père. Comme un Lewis Carroll, Murakami ou autre Jeff Koons, dans ce récit parsemé de sms, de poèmes, de dialogues pétillants, il instille des figures et artefacts incongrus, des vanités de cartoon, tel ce lapin qui gambade la nuit dans la propriété. Une manière comme une autre de communiquer avec ses fantômes. Quant au frangin que devient-il ? « Est-ce que les fables sont habitables ? »

Dominique Aussenac

Wonder Landes, d’Alexandre Labruffe
Verticales, 288 pages, 19

Bombe humaine Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°226 , septembre 2021.
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