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En grande surface Le principal adjoint

octobre 2021 | Le Matricule des Anges n°227 | par Pierre Mondot

Joie des réseaux sociaux : début septembre, un petit nombre de collégiens relaie sur TikTok un manifeste enjoignant à harceler les « 2010 ». Le millésime ciblé par la vindicte correspond aux enfants qui entrent au collège cette année (à l’ère de la Technique, les adolescents s’envisagent désormais comme des machines et se désignent par leur date de fabrication). Alerté, notre ministre de l’Éducation nationale endosse aussitôt son costume de super-surveillant général et réagit en postant sur le même canal un message vidéo à destination des chenapans. Un « appel à la bienveillance », appuyé sur la règle d’or : « Cessez d’embêter vos camarades, tance le pédagogue en chef, souvenez-vous quand vous étiez en sixième, vous n’aviez pas envie qu’on vous embête. » Il se murmure qu’en cas de réélection de l’actuel président, Jean-Michel Blanquer déménagerait de la rue de Grenelle à la place Beauveau. On l’imagine dans un avenir proche expliquer aux djihadistes l’éthique de la réciprocité : « Ces bombes-là, c’est stupide. Réfléchissez : si à mon tour je venais avec mes collègues me faire exploser à Kaboul, vous ne seriez pas contents non plus. »
Le ministre aime les écrans. Dans École ouverte, publié cette rentrée, il se targue d’avoir « enregistré des vidéos presque tous les jours » au moment de la crise sanitaire. Et se félicite d’avoir lancé sur France 4 des cours filmés. Ces programmes, que n’aurait pas reniés la télévision publique nord-coréenne, le bouleversent : « Voir ces professeurs donner tant avec talent, humilité et engagement m’émeut (…)  » Les goûts du personnage interrogent. Lorsque Sibeth Ndiaye s’excuse par un texto lapidaire («  Désolée pour le fait ») d’avoir enflammé la communauté éducative en exemptant les enseignants du ramassage des fraises, il s’attendrit : « Je trouve cette dernière phrase assez jolie, assez littéraire. » Et la réception, cinq minutes plus tard, d’un erratum – elle voulait écrire fail – le déçoit.
La première partie de son livre, « Fermer ou ouvrir les éco-les ? », revient donc sur les semaines de confinement. On sent, à l’évocation du printemps 2020, poindre sous la plume du ministre une certaine nostalgie. Le 13 mars, le président annonce que nous sommes en guerre et Blanquer le croit. Au soir de cette allocution, il se rend à l’Élysée pour échanger avec son N+2 : « Nous nous quittons comme un officier quitte le chef de l’armée qu’il sert, graves et résolus à faire face. » Et de raconter ensuite la création des classes virtuelles et la mise sur pied de l’opération « Nation apprenante » à peu près comme Galliéni aurait narré les taxis de la Marne : « Les visioconférences sont quotidiennes, l’ambiance est celle, fraternelle et tendue, des combats dans la nuit. »
On devine pourtant un peu d’aigreur derrière la chanson de geste. Grâce à lui, la France peut se glorifier d’être un des pays du monde dont les établissements sont restés le moins longtemps fermés, mais personne pour l’en louer. Des salves au balcon pour applaudir les blouses blanches, mais pour les grises, que dalle. C’est trop injuste. Il s’en est fallu de peu que Jean-Mi ne craque : « Parfois, la lassitude ou la fatigue pouvaient nous gagner face à l’ampleur de la tâche mais aussi face aux critiques, aux attaques et même aux insultes. » Peuple d’ingrats. Qui ne songe qu’à s’amuser : « Les mêmes qui pensent qu’il est trop tôt pour déconfiner seront ceux qui plaideront peu de temps après pour une ouverture immédiate des discothèques. » Les coupables ? Comme d’habitude, les gars du dernier rang, les « professionnels du tohu-bohu ».
C’est qu’il en a bavé, Jean-Michel : « Nous mangions midi et soir des sandwichs achetés à la boulangerie d’à côté. » Enfin, au début. Car ses secrétaires ont su ensuite améliorer l’ordinaire : « L’une d’elles prépare de gigantesques blanquettes de veau que nous partageons dans le bureau avec les membres du cabinet présents en respectant les gestes barrières. » De la blanquette ? Pour Blanquer ? Non, rien.
Arrive enfin le 11 mai, jour de la réouverture. Le ministre se rend sur le terrain, dans le IXe (où la pelouse est moins grasse qu’en Seine-Saint-Denis), et constate « la joie des élèves de retourner à l’École ». Il confond sans doute le bonheur d’enfin pouvoir s’extraire du huis clos familial avec celui de retourner en classe. Il aurait dû y retourner le 12, après six heures de masque, de gel, de gestes barrières et d’ennui.
Dans la deuxième partie, « Vers une nouvelle alliance éducative ? », le guerrier laisse la place à l’évangéliste. Blanquer revient sur son bilan (ça va, il est content) et avance quelques perspectives. D’abord il a dédoublé les classes de CP et ensuite, il a dédoublé les classes de CP. Se montre fier de Parcoursup comme James Dyson le fut jadis de l’aspirateur sans sac. Et les salaires des enseignants ? Non mais l’an prochain, promis. D’autant qu’on leur a déjà donné cent balles en juin pour l’équipement informatique (et pas trop à la fois, sans quoi ils vont tout boire).
En tout cas, c’en est fini du Mammouth : « J’ai pu déclarer que nous ne sommes plus un animal préhistorique mais “un peuple de colibris”. » Jean-Michel a dû sécher les cours de SVT et oublie ce qui définit l’oiseau rare : une grande agitation pour demeurer immobile.

Le principal adjoint Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°227 , octobre 2021.
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