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Domaine français Romans de ville

janvier 2022 | Le Matricule des Anges n°229 | par Éric Dussert

Hector Mathis et Nicolas Geibel décortiquent la ville et ses troubles. Des réseaux policiers secrets aux mystères quotidiens de la banlieue.

L’état moral de la Cité préoccupe les jeunes romanciers qui désignent avec leurs langues respectives ce qu’ils perçoivent du monde urbain. Dans Langue morte, le troisième roman d’Hector Mathis, il est question de « la grisâtre » qui aurait pu correspondre à ce que le primo-romancier Nicolas Geibel nomme « la nébuleuse » dans son livre Cité. Mais si le premier a donné depuis son premier opus K.O. (Buchet-Chastel, 2018) le nom de « grisâtre » à la banlieue tout entière, « la nébuleuse » est pour Nicolas Geibel une manière, assez typique des séries télé, de nommer ces hiérarchies policières parallèles d’autant plus fascinantes qu’elles ne laissent pas de traces. Ce qui frappe, étonnamment, c’est que, au-delà des différences de ces deux livres qui ne partagent finalement pas grand-chose d’autre que leur cadre, on constate un recours partagé aux peintures rupestres de Lascault. Cité évoque un reclus conchiant ses murs artistiquement en tenant des propos incohérents, quand le narrateur de Langue morte, qui juge sa mère bien conciliante, parie qu’à un même acte de son fils, elle « aurait vu une réponse à Lascault ». On ne peut s’empêcher de trouver là un signe, qui parle de notre temps…
Cité est un premier roman qui hésite entre le roman fantastique, noir ou psychologique sans se décider. Autant l’épisode initial de la photographie « qui rend fou » les passants intrigue le pouvoir politique et le lecteur, autant l’escamotage de ce mobile du récit qui se rabat sur l’évocation pratique de la mystique terroriste, fait retomber comme un soufflet les efforts de l’auteur. On a l’impression d’avoir couru après l’ombre parce qu’il n’y avait pas de proie. Cité est sans doute un livre trop vert pour un temps trop sombre.
Chez Hector Mathis en revanche, on n’invoque pas en vain la banlieue et le trafic de drogue, l’allure ravagée de l’oncle alcoolique ou la vie de famille parfois gaie, parfois cafardeuse. Langue morte est assurément le texte de la maturité pour ce romancier habité. Une double réussite car il n’a pas perdu au passage son flow, son rythme, son phrasé si proche du rap ou de certaines célineries. Cependant, il est indéniable qu’il a basculé du côté lumineux de la littérature, si l’on peut dire, en se rapprochant des proses de Raymond Guérin, d’Albert Paraz peut-être aussi, de ce genre de gars à la Renzo Bianchini qui ne se sont jamais laissés impressionnés par l’air du temps. Hector Mathis est d’autant moins à l’aise avec son temps qu’il donne là une symphonie à la tristesse, « un monument de chagrin » comme il l’annonce en détaillant l’existence d’un narrateur qui lui ressemble encore comme une goutte d’eau, flegmatique et décalé, poète encore inaccompli. « J’avais voulu quitter ma solitude, goûter la camaraderie, l’amitié. Cela me coûtait. On ne se mélange qu’au prix fort. » Écolier mal calibré, collégien perplexe, jusqu’à la demande de la professeure de français Gastard qui le libère en lui demandant un « écrit d’imagination », le père qui mène la famille au théâtre et lui ouvre l’horizon, les aspérités du quotidien partagé avec les copains, et cet avenir à construire… « Le matin j’irais à l’université. Ensuite je verrais. Pour m’y rendre, à mon hôtel, je me suis engouffré dans la onze. Le métro, j’en avais d’époustouflantes impressions. Associées à de grandes virées nocturnes pleines de musique et de fantaisie. Ses petites loupiotes chaleureuses et ses wagons remplis de filles, ça m’a redonné de l’espoir. Un court instant je me suis senti heureux. J’ai jamais eu des raisons ridicules d’être heureux. C’est comme ça… » Si Hector Mathis se révèle un observateur né – quel portraitiste ! –, il est aussi un moraliste capable d’atteindre des vérités humaines profondes, douloureuses souventes fois, qui laissent admiratif.

Éric Dussert

Langue morte, d’Hector Mathis
Buchet-Chastel, 256 pages, 16

Cité, de Nicolas Geibel
Julliard, 192 pages, 18

Romans de ville Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°229 , janvier 2022.
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