Il se raconte qu’il y a très longtemps, au Rwanda, une reine se languissant de son époux retenu loin d’elle, ordonne à un serviteur de la rejoindre dans sa chambre. Ce dernier, tétanisé à l’idée du sort qui l’attend si le roi vient à découvrir l’affaire, ne parvient pas à pénétrer la souveraine. Mais son sexe, en frottant contre les lèvres et le clitoris de la dame, provoque chez elle un jaillissement de plaisir. Telle serait l’origine du Kunyaza, destiné à faciliter l’orgasme féminin.
La pièce de Kouam Tawa, auteur dramatique, poète et metteur en scène camerounais, met en scène trois personnages, Lui, Elle et L’autre. Une première séquence, très sensuelle, se passe dans une chambre d’hôtel où Elle et Lui se retrouvent pour faire l’amour. Ce sera, selon Elle, la première et la dernière fois. Lui met en scène toute une série de préliminaires, devenant « potier pour l’argile » du corps d’Elle qu’il masse longuement. Puis conteur, en rapportant l’histoire de ce serviteur royal. Il joue de la même manière avec le corps d’Elle et déclenche une jouissance comme elle n’en a jamais connu. Juste après cette explosion de plaisir, L’autre défonce la porte de la chambre. En fait L’autre c’est le mari. Il menace avec une arme, menace de magie noire et extorque la promesse que plus jamais Lui et Elle ne se reverront.
La troisième séquence nous donne à comprendre que c’est le mari, infertile, qui a poussé sa femme dans les bras d’un homme, pour sauver sa réputation en espérant la venue d’un enfant dans son couple. Mais la jouissance de sa femme lui est insupportable. Elle, au contraire, en découvrant la volupté, se révolte contre sa position de femme soumise et souhaite reprendre sa liberté, ce qui déclenchera la violence du mari. Kunyaza est une pièce courte, concise et puissante, puisqu’elle bascule en très peu de temps de la jouissance la plus exquise à la violence la plus crasse. C’est une fable moderne sur les violences faites aux femmes au sein du couple, la jouissance étant le symbole de l’émancipation, où le corps « est chant et danse ! ».
L.C.
Kunyaza de Kouam Tawa
Espaces 34, 60 pages, 13,50 €
Théâtre Kunyaza
février 2025 | Le Matricule des Anges n°260
| par
Laurence Cazaux
Un livre
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°260
, février 2025.

