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Textes & images Les saines colères de Lamia Ziadé

février 2026 | Le Matricule des Anges n°270 | par Anne Kiesel

Dans ce livre foisonnant et illustré, l’artiste et autrice tisse des épisodes de sa vie, entre Beyrouth et Paris, mêlés d’une rêverie légèrement dystopique.

Rue de Phénicie

Pour qui aime les livres basés sur le réel : offrez-vous ce shot de vie intense. Avec, en couverture, un verre à Martini renversé, qui dégouline d’alcool. À moins qu’il en coule des pleurs, voire du vomi ? Offrez-vous cet objet littéraire bâtard, livre illustré, bourré de fantaisies typographiques, avec des photos parfois vieilles ou mal éclairées, des dessins, des calligrammes, des trouvailles pleines de vie, de douleur et de liberté. Ce récit d’une sincérité désarmante, une tranche de vie de quelqu’un qui a tant traversé. 
Lamia Ziadé, artiste libanaise née en 1968, est connue pour avoir publié plusieurs livres illustrés, dont Bye Bye Babylone, Ô nuit, ô mes yeux et Ma très grande mélancolie arabe. Dans ce nouvel opus, Rue de Phénicie, elle se raconte, elle rassemble des documents de son enfance – elle a vécu à Beyrouth jusqu’à l’âge de 18 ans – des images de sa première vie une fois arrivée à Paris. Elle erre à Pigalle, elle revient à Beyrouth, elle divague et se dévoile.
Elle raconte ses colères, par exemple lors des attentats du 11 septembre 2001, de la guerre menée en représailles par Bush contre l’Irak, de l’exécution de Saddam Hussein. Ah, c’est donc un bouquin politique un peu plombant ? Pas du tout ! Lamia Ziadé reste elle-même, l’esprit vif et libre. Elle photographie ses jambes nues, sur une serviette de bain, à la plage, et, tenu à la main, le livre de René Chamussy, Chronique d’une guerre. En légende, sous la photo, « je ne lis plus que des livres qui concernent la guerre du Liban, même à la plage ».
Plus loin, nous sommes sans doute en 2009. Elle cherche à faire publier son premier livre illustré, Bye Bye Babylone. Elle l’a envoyé partout, personne ne lui répond. Un ami lui fait rencontrer Paul Otchakovsky-Laurens. Elle arrive rue Saint-André-des-Arts. « Je souris en réalisant que le numéro 33 se trouve juste en face du théâtre ChoChotte et son étrange devanture. C’est (…) une minuscule boîte érotique (…) où je m’étais retrouvée un dimanche après-midi d’errance à me déshabiller intégralement devant quelques spectateurs. (…) C’était le bon temps, où ce genre de virées me suffisait, maintenant je suis obligée de faire des livres sur la guerre pour m’amuser. »
La suite, c’est un coup de fil de Paul Otchakovsky-Laurens (qui n’édite pas du tout de livres illustrés à l’époque) au directeur de Denoël (qui n’avait pas répondu à l’envoi du manuscrit). Denoël publie le livre, et P.O.L se mettra aux dessins et aux photos pour sortir les suivants… 
Lamia Ziadé entremêle son récit personnel d’une divagation plus ou moins dystopique dans un Beyrouth déserté et privé de lumière. La semi-fiction se faufile parmi les épisodes de sa vie. C’est juste et touchant. Tout le livre est éclairé par les travaux graphiques de celle qui est aussi une illustratrice et une artiste plasticienne. Elle a exposé plusieurs fois chez Kamel Mennour, réalisé dessins et installations. Des séries contemporaines, comme ces vulves pileuses, brodées en fils de laine. Ou ces tableaux pour accompagner le poème de Baudelaire, Les Bijoux. Le vers « D’un air vague et rêveur elle essayait des poses », chez elle se concrétise en une femme (évidemment nue et vêtue de bijoux sonores) qui pose fumant une cigarette Tigre, et devenant elle-même un tigre. On aime les rugissements de Lamia Ziadé.
On aime ses colères. Celles de jadis, celles d’aujourd’hui. Elle se met en rage devant les couvertures de magazines, Le Point, L’Express, Valeurs actuelles, Le Figaro, et même L’Obs, sur l’islam. Ses indignations politiques. Sa conscience écologique et climatique. Elle raconte une discussion avec son pote JB, qui lui dit d’arrêter de râler. « Tu devrais faire un nouveau livre tiens… Une sorte de pamphlet où tu pourrais répertorier tous tes sujets de colère… Je ne le lirais pas moi, je suis déjà au courant de tout ! » Elle lui répond : « Je ne ferai plus de nouveau livre, jamais ! Mon port de Beyrouth m’a épuisée… » Le lendemain, elle commence la liste des sujets qu’elle veut aborder. Elle se remémore une phrase de Malcolm X. « Si vous n’êtes pas vigilants, les journaux arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer leurs oppresseurs. »

Anne Kiesel

Rue de Phénicie, de Lamia Ziadé, P.O.L, 392 pages, 34

Les saines colères de Lamia Ziadé Par Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°270 , février 2026.
LMDA papier n°270
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LMDA PDF n°270
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