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Domaine français Une belle maison de Sylvie Altenburger

mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271 | par Anthony Dufraisse

Une belle maison

La belle maison du titre apparaît très vite, dès la deuxième page : « Deux étages, pierres de taille, fenêtres encadrées de briques rouges, une belle maison d’une ville de province dans l’ouest de la France. » Entre ces murs, loin de son Jura natal, vit une famille-type des années 1970 ; pendant que Papa est au boulot, Maman reste au foyer, schéma classique. C’est l’une des filles de ce couple en apparence très lisse qui se souvient de ce temps-là. Encore une histoire de famille ? Oui, mais elle sonne juste, bien plus que de trop surmédiatisées récentes parutions…
Musicienne vivant en Allemagne, la Française Sylvie Altenburger signe ce court premier roman (autobiographique ?) qui est autant le précipité d’une époque qu’un portrait en deux temps. D’abord celui de la mère, femme assignée à la sphère domestique qui se résigne à n’être que cela, femme d’intérieur, basculant dans une forme de folie douce, entre tricot, fourneaux et roman-photo ; ensuite celui du père, après la mort de son épouse, un homme esseulé, pas commode, qui « ressemblait vraiment à Yves Montand », friand des « tartines à la moutarde saupoudrées de gros sel ». La narratrice jette sur ses parents un regard presque neutre. Refuse de les juger rétrospectivement, d’avoir cette position de surplomb que prennent parfois les vivants face aux morts. Elle distribue les scènes et les rôles, mais pas les bons points ; il y a du détachement dans la phrase d’Altenburger qui se fait tantôt généreuse, tantôt plus sèche, pour dire les non-dits « de la vie à la maison ». Ici pas jeu de massacre, pas de convulsions, l’autrice raconte sobrement failles, glissements, obsessions qui emmurent, drames dissimulés. Ses parents disparus, la narratrice se rend compte du sens de certains gestes, du poids de certains mots, du poison sécrété par de trop lourds silences. « Il faudrait admettre qu’on vit comme des éponges. » Mentalement, elle a tout enregistré, atmosphères, tensions, répliques, et se repasse le film au ralenti. Convié à cette séance de projection intime, le lecteur est captivé.

Anthony Dufraisse

P.O.L, 109 pages, 14

Une belle maison de Sylvie Altenburger Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°271 , mars 2026.
LMDA papier n°271
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°271
4,50