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Domaine étranger Fake clown

mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271 | par Thierry Guichard

En racontant l’irrésistible ascension de Trump, l’Italien Stefano Massini passe l’Amérique capitaliste au scanner de sa prose incisive. Et pose un diagnostic implacable. On est mal barré.

Avec Donald, Stefano Massini reprend le dispositif mis en place pour Les Frères Lehman  : une longue laisse de mots déroule un texte tout en verticalité rappelant ainsi graphiquement le symbole même de Trump et du capitalisme américain : la tour qui porte le nom du milliardaire. On se souvient que Les Frères Lehman avait obtenu le prix Médicis de l’essai 2018. Une distinction méritée mais étonnante, le livre, écrit pour le théâtre, s’apparentant plus à un roman qu’à un essai. Il en va de même avec ce Donald qui s’attache à suivre l’actuel président des États-Unis de sa naissance jusqu’au moment où germe l’idée de devenir le 45e président des USA. Écrit pour la scène ce texte tient autant du roman, de la chanson de geste que du théâtre. La répétition, la scansion, la vitesse (le lecteur a le sentiment de tomber ligne après ligne jusqu’au terme de sa lecture), les nœuds thématiques sur lesquels le texte s’enroule (les figures tutélaires du général Custer et de Mohamed Ali, entre autres) et les échos chromatiques (l’or de la chevelure du héros et l’or en quoi il se change) tissent une mythologie ironique. Mais peut-être l’ironie est ici exogène au texte. Car on note une différence de taille entre Donald et Les Frères Lehman  : le sujet vit encore. Pire : il parle encore et chaque déclaration du vrai Trump recouvre le texte d’un nez rouge. Pourtant, on pourrait aussi lire Donald sur un mode plus tragique. L’enfant naît dans une famille venue d’Allemagne côté paternel et d’Écosse pour ce qui est de la mère : « En vérité/ pour tout dire/ jusqu’au bout/ personne dans cette maison/ au numéro 85-14 de Wareham Place,/ personne n’a de sang purement américain/ personne. »
Le syndrome de l’immigré qui veut passer pour plus natif que les natifs imprègne les premières pages du livre. À cet impératif national très vite s’adjoint le désir incommensurable du pouvoir. Massini ne déploie pas une pensée, il s’arrête sur d’infimes moments de la vie de Trump où quelque chose du destin se joue. Ainsi, le voit-on capitaine de l’équipe de base-ball du lycée : « il a l’impression d’être le jeune général Custer/ à la bataille de Bull Run / il a l’impression d’être Mohamed Ali » et prend très mal que l’entraîneur lui crie « de mettre la gomme »  : « Comment l’entraîneur peut-il oser/ comment peut-il prétendre/ surtout/ comment peut-il ignorer/ que c’est lui/ lui /lui le capitaine de l’équipe ». Il est prêt à en venir aux mains pour ce crime de lèse-majesté quand l’entraîneur lui dit « Donald, c’est moi qui t’ai nommé capitaine… » Cette phrase ouvre un gouffre dans l’esprit du jeune homme qui dès lors va vouloir parvenir au sommet de la pyramide, au sommet de l’Olympe pour n’avoir plus jamais quelqu’un au-dessus de lui. Il va vouloir New York et l’Amérique, toutes les filles blondes et supplanter son promoteur de père. Il va vouloir son nom en lettres d’or sur la tour de 202 mètres qu’il fait bâtir en jouant avec la loi pour se placer au-dessus de tous.
Cette quête radicale, Massini l’ancre dans une peur viscérale de mourir (il échappera de peu à un crash d’hélicoptère) en même temps que dans la mécanique irrépressible du capitalisme : il ne peut y avoir d’alternative à l’ascension ou ce sera la chute : « Je déposerai/ comme marque commerciale/ non seulement mon nom/ mais aussi mon visage/ mon corps/ ma vie/ dans tous ses replis,/ à partir d’aujourd’hui/ je ferai de moi/ une légende ». Ce qui se profile alors c’est la négation de toute humanité : « Golden Man/ n’a plus besoin/ de l’or,/ à partir de maintenant/ Golden Man/ est lui-même l’or,/ métal noble/ car le seul en chimie/ à ne pas être réactif/ et comme tel/ comme tel/ totalement seul. » Reste que Trump n’est pas le seul Donald à imposer son visage au monde entier, l’autre est un clown qui désigne l’entrée des restaurants McDonald’s. L’Amérique aime les clowns…

T. G.

Donald, de Stefano Massini
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Globe, 260 pages, 20

Fake clown Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°271 , mars 2026.