La rédaction Benoît Legemble
Articles
Sanguine des contrées sombres
À travers quatre contes qui se répondent en écho, Gonçalo M. Tavares esquisse autant de variations au motif de la prédation. Quand la jouissance devient une fin en soi et mène à l’inéluctable dissolution identitaire, par-delà le bien et le mal.
Au commencement était un bloc de chair, putrescible et impatient, semble esquisser le romancier et épistémologue portugais Gonçalo M. Tavares, levant ainsi le voile, d’un récit à l’autre, sur le caractère corruptible d’une humanité qui se roule avec délectation dans la fange. C’est cette inflexion que partage chacun des personnages de L’Os du milieu du prodige de la littérature lusophone actuelle. D’aucuns diront qu’il s’agit du poids de la gravité. Soit un corps – convoité ou à expier, tantôt pulsionnel ou soumis aux règles de la morale. À chaque fois, la furie prend le pas sur la...
Terres vaines
Dans une France déchirée, un domestique tente de résister aux lubies d’un maître à la dérive. Les tumultes de l’Ouest peints par un François Vallejo inspiré.
Le lieu : l’Ouest et ses terres de révoltes. Plus précisément : le château des Perrières, dont a hérité monsieur de l’Aubépine fils après la mort de son père. L’Ancien, lui, était un fier-à-bras, « meneur de chouans depuis la Révolution jusqu’aux dernières chouanneries du Maine, en 1831 ; un homme énergique », « une figure de son milieu », c’est-à-dire l’inverse du rejeton chétif. Alors il...
Un livre
Arthur Cravan n’est pas mort noyé
de
Philippe Dagen
Du dandysme
À travers l’autobiographie fictive d’Arthur Cravan, Philippe Dagen explore les multiples facettes d’un des plus intrigants personnages du XXe siècle.
Plus connu du grand public pour ses prises de position à la solde de l’art contemporain, le critique Philippe Dagen est engagé depuis des années dans une croisade contre un académisme esthétique qu’il juge volontiers délétère. Comment oublier La Haine de l’art, essai iconoclaste qui réactualise la querelle des anciens contre les modernes ? C’est que Dagen refuse la stigmatisation décadentiste...
Un livre
Terrasse
de
Marie Ferran
Au nom du fils
Un texte sur le deuil qui ne verse pas dans la larme facile, mais qui cherche à comprendre. Un roman pudique de Marie Ferran.
Jean et Louise ont perdu leur fils. Jean dormait quand c’est arrivé. Sa femme, elle, prenait une douche. Le petit jouait sur la terrasse avec une voiture. C’est en voulant la récupérer qu’il se noiera dans l’eau accumulée au fond de la poubelle. Tout cela, c’est Jean qui le raconte. Il confie son refus de la mort, exprime l’inévitable sentiment d’injustice éprouvé face à la disparition...
Un livre
Rien en vue
de
Jens Rehn
En attendant Charon
Deux naufragés errent en pleine mer sur le même pneumatique. Nous sommes en 1943, l’un est américain, l’autre allemand. Une agonie physique et spirituelle que nous raconte avec sensibilité le méconnu Jens Rehn.
Rien en vue est une œuvre atypique, à l’image de son énigmatique auteur, Jens Rehn. Une carrière d’écrivain marquée par sa fulgurance : deux romans et un recueil de nouvelles seulement. Comme si l’homme se plaisait à brouiller les pistes. C’est ainsi qu’il crée de toutes pièces l’Autre personnage principal de son roman qui fait écho à son propre parcours de sous-marinier dans la marine...


