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Domaine français Au nom du fils

septembre 2006 | Le Matricule des Anges n°76 | par Benoît Legemble

Un texte sur le deuil qui ne verse pas dans la larme facile, mais qui cherche à comprendre. Un roman pudique de Marie Ferran.

Jean et Louise ont perdu leur fils. Jean dormait quand c’est arrivé. Sa femme, elle, prenait une douche. Le petit jouait sur la terrasse avec une voiture. C’est en voulant la récupérer qu’il se noiera dans l’eau accumulée au fond de la poubelle. Tout cela, c’est Jean qui le raconte. Il confie son refus de la mort, exprime l’inévitable sentiment d’injustice éprouvé face à la disparition d’un enfant. Loin des lieux communs inhérents au genre, le récit se veut avant tout introspectif, explorant avec finesse les paradoxes et les bassesses qui sont le lot du processus de deuil. Comme si avoir quelqu’un à détester pouvait un temps atténuer la douleur, soulager les souffrances causées par ce départ insoupçonnable : « J’en ai d’abord voulu à Louise, par faiblesse, par facilité. Trouver un coupable. » Plus rien n’a désormais de sens. Tous les repères sont abolis. Inutile de chercher une cohérence dans cela. Il n’y en a pas plus que d’enseignements à retirer. Restent seulement l’impuissance et le chagrin. Bientôt arriveront les difficultés conjugales, auxquelles le couple ne survivra pas comme souvent en pareil cas. Pourtant Jean ne se plaint pas. Il n’est pas résigné pour autant, mais il doit accepter : l’indifférence de Louise, sa relation avec ce jeune homme de 20 ans qu’il surprend boulevard Saint-Michel, la nécessité de recommencer à zéro avec quelqu’un d’autre. C’est dans cette perspective qu’il entreprend de voyager, pour trouver la distance nécessaire et intégrer l’inévitable cohabitation de la grâce et de l’horreur dans les choses de la vie. Cette cohabitation à laquelle pense Louise en lui rappelant l’exemple de l’arbre sous lequel s’asseyait Goethe pour composer des poèmes : « Lorsque les nazis ont construit le camp de Buchenwald », raconte Jean, « ils n’ont pas coupé le chêne par respect pour Goethe. Ils ont organisé le camp autour de cet arbre qui se trouvait entre la cuisine et le magasin général du camp. Arbre, symbole des grandes valeurs humanistes isolé au centre de ce que l’homme peut faire de pire ».
L’histoire et la littérature ne seront pourtant d’aucun secours. Pas plus Semprun que les témoignages de Rwandais ayant survécu au génocide, même si Jean en conclut à l’évidence de l’immense courage de ces victimes. S’il cherche en ces récits un exemple à suivre ainsi qu’un réconfort, il n’en occulte pas pour autant les limites sur le plan de sa guérison. Il ne s’agit que d’un outil cathartique, nullement d’un remède à appliquer trois fois par jour dont l’efficacité serait éprouvée. Le récit de Jean met en exergue cette affection de l’ordre des choses. Il souligne l’altération de l’identité dans le deuil. Que reste-t-il de Louise, cette « jeune fille maigrichonne qui écoutait pendant des heures les Rolling Stones, couchée sur son lit, rêvant d’embrasser les belles lèvres charnues de Mick » ? A priori plus grand-chose. Elle n’a plus la possibilité de rêver depuis que son enfant est parti et qu’elle doit soigner sa mère. De même, la mort de leur fils active les souvenirs, réminiscences de la maladie du père de Jean et de sa lente agonie due au cancer généralisé. Voici le deuil dédoublé, le père et le fils réunis. En dépit de ses multiples voyages, qui le mèneront de Monza au sud de la Sicile en passant par la Turquie et la Thessalonique, Jean se rendra ainsi compte que rien ne peut pallier l’absence des êtres aimés : « Je réalisais que ce n’était pas à Istanbul que j’allais régler mon mal de vivre, ni en visitant les mosquées ni en contemplant les misérables que l’on croise dans toutes les grandes villes du monde. » Il rejoint donc la France, se reconnecte avec son passé en contemplant les vitrines pleines des objets qui figurent toute l’histoire de sa jeunesse. Agité par cette nécessité profonde de retrouver la mémoire, Jean prend conscience du temps qui passe. L’angoisse s’estompe progressivement. Au gré des séjours effectués avec les ONG, il se surprend même à s’enticher des femmes avec lesquelles il travaille, l’insouciance en moins. Mais Louise le fait rentrer en urgence à Paris. La nouvelle tombe : leur fils n’est pas mort accidentellement. Cela change-t-il pour autant quoi que ce soit ? Pas selon Jean.

Terrasse
Marie Ferran
Seuil
153 pages, 15

Au nom du fils Par Benoît Legemble
Le Matricule des Anges n°76 , septembre 2006.
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