La rédaction Didier Garcia
Articles
Crimes bien organisés
Avec À chacun son dû, l’écrivain italien Leonardo Sciascia (1921-1989) ouvre une fenêtre sur la société sicilienne des années 1960.
Comme le dit le facteur en remettant la sienne à Manno, le pharmacien d’une petite ville de Sicile : « Chez nous le vice des lettres anonymes à la vie dure. » Composée de mots découpés dans un journal, elle est sa condamnation à mort : « pour ce que tu as fait tu mourras ». Ne se connaissant pas d’ennemi, il conclut rapidement à la plaisanterie de mauvais goût. Et autour de lui, les avis sont unanimes : il ne peut s’agir que d’une farce.
Toujours est-il que quelques jours plus tard le pharmacien et son ami le médecin sont retrouvés morts ; ils ont été abattus alors qu’ils faisaient...
Un livre
L' Homme sans postérité
de
Adalbert Stifter
À l’épreuve du silence
Dans ce court récit de formation, Adalbert Stifter abandonne son héros et son lecteur au silence des montagnes. Une réclusion destinée à forger le caractère.
On le sait, Nietzsche n’avait pas la flatterie facile. Lorsqu’il considérait la littérature en prose allemande qui méritait encore d’être lue, il plaçait naturellement Goethe au-dessus du lot, puis venaient Lichtenberg, Keller, et ce nom peu familier aux oreilles françaises : Adalbert Stifter.
Né en 1805, à une époque où la Bohême appartenait à l’Empire, ce fils de paysans fut donc...
Un auteur
L’œil du crocodile
Peintre et écrivain, Unica Zürn fut aussi une « malade mentale » qui consigna par écrit ses dernières crises. Visite guidée de sa folie.
Dans les dernières lignes de son récit Sombre printemps (Le Serpent à plumes), une petite fille revêt son plus beau pyjama, décide d’en finir avec son enfance et se jette par la fenêtre de sa chambre. Telle sera la mort qu’Unica Zürn se donnera en 1970 (mais il s’agira cette fois du sixième étage d’un immeuble parisien), au terme de treize années de lutte contre la maladie mentale qui ruina...
Un auteur
Faire feu de tout bois
A l’instar d’un Larbaud, Cingria courut le monde pour y découvrir la vie. Et pouvoir la mettre en mots, en travaillant sur le motif et sur les rêves.
Avec une ascendance polonaise par sa mère et dalmate par son père, on se demande par quel miracle Charles-Albert Cingria (1883-1954) a pu devenir suisse. Toujours est-il que suisse il fut, mais alors à sa façon, c’est-à-dire sans vraiment l’être, en se trouvant souvent ailleurs, tantôt en Italie pour quelque long séjour à Rome, tantôt bourlinguant en Espagne ou en Afrique du Nord, et dès 1904...
Un livre
La Vie et les opinions de Tristram Shandy
de
Laurence Sterne
Laurence Sterne et ses dadas
Nouvelle traduction du chef-d’œuvre anglais du XVIIIe siècle, La Vie et les opinions de Tristram Shandy : une biographie en forme de farce qui, à grand renfort de digressions, en oublie jusqu’à son sujet.
Plagié dès sa publication, complimenté par Madame de Staël pour son humour, encensé par Charles Nodier, capable d’influencer aussi bien un Diderot qu’un Balzac (seul Walter Scott lui reprocha d’imiter le style de Rabelais par pure affectation), promu par Ponge au rang d’auteur fantaisiste, Laurence Sterne est à l’Angleterre ce que Rabelais est à la France et Cervantès à l’Espagne : une sorte...

