La rédaction Emmanuel Laugier
Articles
Un auteur
Le brouillon général
Ses carnets forment une toile arachnéenne de carrefours, de bifurcations toujours en éveil, dévoilant un sens rare de l’observation.
Au mois de mai 1954, Philippe Jaccottet ouvre le premier carnet d’un ensemble qui constituera la somme des Semaison (1954-1998), titre dont il précise, selon Littré : « Semaison : dispersion naturelle des graines d’une plante ». À cet ensemble s’ajoutent Observations et autres notes anciennes (1947-62), Autres journées (1980-84) et Taches de soleil, ou d’ombre (notes sauvegardées, 1952-2005). Ce corpus forme une suite de presque 1100 pages, elle entrecroise des notes éparses, tantôt des séquences s’amorcent, tantôt des sauts se matérialisent sur la page par des disjonctions nettes....
Décalage(s) Hocquard
Dans À distance, Françoise Laroque fait le récit de sa relation à Emmanuel Hocquard, offre quatre lectures de ses livres, alors qu’au milieu, posthumes, les lettres du poète qu’elle reçut révèlent les écarts tenus entre vivre et écrire.
Étrange livre que ce À distance, que la critique et traductrice Françoise Laroque signe avec le poète Emmanuel Hocquard (qui n’en savait à priori rien). Étrange par la forme revendiquée d’une combinaison entre différentes écritures réunies, différentes temporalités. À distance se compose de trois liasses d’écrits (si l’on excepte le lettre-adresse finale d’un certain David à F. Laroque et E....
De départs en Java
Emmener son dabe en Java, tel aurait pu être le mot d’ordre de la revue : c’est-à-dire débaucher la poésie de son académisme flétrissant, pour poser une grenade dans la soie de ses mièvreries d’alors. Joies de faire péter le sérieux sérieusement. Déroulons-en les arguments.
La revue Java, tel qu’Yves di Manno, le poète et directeur de la collection Poésie/Flammarion, la définit avec justesse dans sa brève préface, aura mené au début des années 1990 « mieux que nulle autre en son temps – et avec le plus grand impact – l’examen reconduit de la question moderne, après les avant-gardes ». Vingt-huit numéros, en dix-sept ans, dans le contexte d’alors où brillaient...
Papiers coupés, papiers collés
Avec Et amarres invisibles, Bruno Grégoire cherche en des poèmes quasi ordinaires les mots de passe qu’ils articuleraient enfin pour passer à travers la cloison de papier de l’existence.
Auteur d’une douzaine de livres et du marquant Poésies aujourd’hui (avec Jean-Marie Gleize et Bernard Vargaftig, Seghers), le discret poète Bruno Grégoire publie avec Et amarres invisibles le quatrième pan de sa série « trait d’union », que Loin de Cluj inaugurait en 2004. Deux livres presque opposés, Dans la bouche morte (1993) et L’Usure l’étoile (1998) le précédèrent comme deux errants,...
Une geste diagonalisée
Avec Le Poème tangent, Isabelle Garron documente en une sorte de poème parlé les décisions, les gestes, le métier d’artistes femmes. Un livre en forme d’étoilement et d’affirmation de la langue du poème comme témoignage.
Autrice de six recueils de poésie et, avec Yves di Manno (qui aura dirigé la collection « Poésie/Flammarion », fondée par Claude Esteban en 1983, jusqu’en 2026 – elle cessera de paraître dès cette année) de l’anthologie critique Un nouveau monde. Poésies en France, 1960-2010 (2017), Isabelle Garron livre avec Le Poème tangent un montage de paroles prélevées à partir de plusieurs entretiens...





