La rédaction Jean Laurenti
Articles
L'œuvre au soir
L’ultime volume du Journal de Charles Juliet (1934-2024) composé à partir des fragments laissés à son éditeur rend compte d’un cheminement à l’approche de son terme. Une aventure humaine et une œuvre ouvertes à chacun.
La onzième livraison du Journal de Charles Juliet clôt une entreprise littéraire dont la matière, au long des décennies qu’elle accompagne, est indissociable de la vie même de son auteur. Comme témoignage, peut-être, mais avant tout comme recueil du mouvement de cette vie, de son souffle ténu que les mots auront fidèlement restitué, sans jamais rechercher l’effet, la séduction. Le murmure pour tenter de dire la nature profonde des choses, plutôt que l’affirmation assénée.
Titré Mes meilleures années, ce Journal XI est accompagné de la mention « Fragments ». Charles Juliet est mort au...
Pas de deux
Sur un mode à la fois intime et pudique, la danseuse et chorégraphe Maroussia Vossen fait revivre son lien au cinéaste Chris Marker (1921-2012).
Pour évoquer l’homme, l’artiste et le « père d’adoption » que fut pour elle l’auteur de La Jetée et du Fond de l’air est rouge, Maroussia Vossen adopte une écriture fragmentaire. Ouvrage sobre, tout en retenue, Chris Marker (le livre impossible) convie le lecteur à suivre le cheminement de deux êtres dont l’affection mutuelle a souvent dû composer avec la distance. S’agissant de Chris Marker,...
Un auteur
Au-dessus du pavé
À travers un roman et un recueil de chroniques, Marco Lodoli porte une fois encore un regard plein d’empathie, de douceur et de lucidité sur Rome, c’est-à-dire sur le monde et sur ceux qui cherchent à l’habiter.
Les familiers de l’œuvre de Marco Lodoli retrouveront avec Nouvelles îles, guide vagabond de Rome et Grand Cirque Déglingue, tous deux traduits par Louise Boudonnat, la singularité d’une écriture dont le charme opère dans le temps de la lecture et se prolonge bien après. Les autres pourront pousser l’une ou l’autre de ces deux portes et entrer ainsi dans un univers dont on peut parier qu’ils...
Explorer le connu
Fils d’ouvriers installés dans le nord-ouest des États-Unis, Raymond Carver s’est engagé très tôt dans un voyage difficile dont il a dû tracer l’itinéraire et inventer l’horizon. L’œuvre qui en résulte est traversée par une attention portée aux vies ordinaires et un art subtil du détail, apte à suggérer l’étrangeté du quotidien.
Reposant sur une grande limpidité narrative et formelle, les nouvelles de Raymond Carver ne combleront guère le lecteur pressé. Celui qui en échange d’un minimum d’attention veut être séduit, tiré hors de lui-même, embarqué dans l’inconnu n’y trouvera pas son compte. Il risquera fort de rester sur le bord de l’histoire qu’il congédiera peut-être d’un haussement d’épaules. S’il est un lecteur...
Derrière le visible
Avec ce livre enluminé d’images nées d’une écriture d’une grande justesse, Antoine Choplin retrace le combat que mena un artiste tchèque dans le camp de Terezin.
Il y a dans les livres d’Antoine Choplin quelque chose que l’on retrouve de l’un à l’autre, qui appartient à l’ordre de la sensation et, fort heureusement, résiste à la définition. Un je-ne-sais-quoi qui s’ancre dans le territoire désormais familier d’une écriture singulière et s’aventure avec une délicatesse inquiète dans le questionnement des liens fragiles qu’un être tisse avec le monde...





