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Domaine français Pas de deux

juin 2016 | Le Matricule des Anges n°174 | par Jean Laurenti

Sur un mode à la fois intime et pudique, la danseuse et chorégraphe Maroussia Vossen fait revivre son lien au cinéaste Chris Marker (1921-2012).

Chris Marker (le livre impossible)

Pour évoquer l’homme, l’artiste et le « père d’adoption » que fut pour elle l’auteur de La Jetée et du Fond de l’air est rouge, Maroussia Vossen adopte une écriture fragmentaire. Ouvrage sobre, tout en retenue, Chris Marker (le livre impossible) convie le lecteur à suivre le cheminement de deux êtres dont l’affection mutuelle a souvent dû composer avec la distance. S’agissant de Chris Marker, créateur dont l’existence aux identités multiples et l’œuvre protéiforme conservent une part d’énigme et de secret, on pourra être tenté de chercher dans ce livre des éléments susceptibles d’éclairer l’une et l’autre. « Ce texte n’est ni un roman ni un essai ; encore moins une biographie », prévient Maroussia Vossen. « Je n’évoquerai pas le cinéaste, laissant ce travail à ses commentateurs. » Le projet de l’auteur est de restituer quelque chose d’une relation filiale mais « qui ne s’est jamais départie d’une forme de reconnaissance réciproque ».
L’origine de ce lien est elle-même des plus singulière : au mitan des années 50, Christian Bouche-Villeneuve (nom originel de Chris Marker) ayant appris qu’une amie très proche vient d’être quittée par l’homme dont elle est enceinte, prononce une sentence irrévocable à l’égard de l’enfant à naître : « Je la prends comme ma fille. » Parole performative dont va découler l’histoire commune de « Chris » et d’une petite fille qu’il surnommera « Zonzon » à cause d’une chanson de l’époque, ou encore « Ma Choüette ». À travers ces sobriquets affectueux, quelque chose transparaît de l’univers du cinéaste : le zonzon, qui désigne aussi la prison en argot, ne renvoie-t-il pas à ses préoccupations liées à « l’enfermement »  ? « Un jour, il m’a dit qu’un homme n’en était pas vraiment un s’il n’avait pas fait trois mois de prison dans son existence, peine qu’il avait lui-même accomplie. » La chouette appartient à un bestiaire qui parcourt une œuvre cinématographique et textuelle où figurent également le loup, l’éléphant, l’émeu, le lion, l’ours, quelquefois suggérés par des acronymes… On retrouve l’oiseau de nuit en plusieurs endroits du livre, notamment dans le beau cahier d’images par lequel il s’achève. Il y côtoie le chat, compagnon inséparable du cinéaste, « seul animal dit domestique qui a su rester indépendant et ne s’est jamais soumis à un pouvoir », écrit-il. À la fin des années 1990, il s’invente un double numérique, le chat Guillaume, qui de CD-Rom en installations et en films devient son « porte-parole politique », son émissaire : « Je glisse souvent des petits détails qui ne sont perceptibles qu’à quelques initiés. Il fait des films et tout le monde croit qu’il traite de sujets sérieux ; en fait ce sont tous des messages personnels. »
Les mots entendus dans les moments de complicité avec ce père qui souvent s’éloigne entrent ensuite en résonance avec les écrits et les films qui questionnent frontalement le monde, d’une façon inquiète mais pleine d’espoir. L’enfant devenue adulte et artiste est désormais à même de saisir la nature et la portée de ces messages : « Ce sont les mêmes qu’il me confiait parfois dans l’intimité et que je m’empressais d’oublier parce que je les trouvais trop tristes, trop durs. »
Le livre de Maroussia Vossens est certes marqué par le deuil. Il commence par un trajet en métro entre le cimetière du Père-Lachaise et celui du Montparnasse, où elle se rend seule pour déposer les cendres du cinéaste. Mais il est avant tout un livre de gratitude : « Comme à chaque fois que je regarde ses œuvres, je suis en larmes. Pourquoi ? Je voudrais bien le savoir ! (…) Est-ce la justesse de ses propos ? (…) Ou ses émotions qui m’arrivent droit au cœur ? J’ai l’impression qu’il donne des réponses aux questions que je me pose. »
Jean Laurenti

Chris Marker (Le Livre impossible)
de Maroussia Vossen
Le Tripode, 127 pages, 16

Pas de deux Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°174 , juin 2016.
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