La rédaction Martine Laval
Articles
Gino, artiste de la découpe
L’Italien Dario Voltolini met en scène son père boucher sur le marché de Turin. Hivernal, entre réalisme et délicatesse, est un adieu au paternel et aussi un hommage au travail. Puissant.
Clope au bec, une Nazionale sans filtre, et long couteau à la main, Gino règne en maître derrière son étal, en une chorégraphie réglée au millimètre, mais lui ne dirait pas chorégraphie, il dirait : travail. Il lui faut faire vite, les clients se pressent, s’impatientent. Au marché de Turin, le Porta Palazzo, ça grouille de monde et de bidoche. Gino achète des agneaux, la bête entière, la découpe, et la vend. Autour de lui, ses collègues s’agitent de même. Chacun sa spécialité, il y a ceux des lapins, des cochons, des bœufs. Ils s’apostrophent, blaguent, font crisser les lames, tapent du...
Fantômes à la dérive
Dans un polar à l’ambiance ouatée et moite comme le brouillard, Valerio Varesi réveille le passé fasciste de son pays, l’Italie.
Certes, il est un peu bourru, joue vieux garçon à vivre solitaire dans la maison de ses parents disparus. Certes, il grogne plus qu’il ne parle, a horreur d’être dérangé, aime prendre son temps, se fout de la hiérarchie, cultive une certaine bienveillance pour les petites gens, déteste l’injustice, farfouille tranquillement là où il ne devrait pas, dans le passé assez lointain par exemple. Il...
L’enfer au soleil levant
Avec Tokyo Vice, Jake Adelstein fait le récit de sa métamorphose. Il devient journaliste à hauts risques, entre le marteau et l’enclume, les flics et les yakusas. Palpitant.
Après avoir lu – en apnée malgré soi, comme pris dans une tornade –, les quatre cent soixante-quinze pages de Tokyo Vice, on se dit que finalement la fiction a intérêt à bien se tenir. Tokyo Vice n’est pas un roman mais un récit, tout ce qu’il y a de plus autobiographique, mais tendance thriller. Comme dans toute véritable littérature et quel que soit le genre, seuls importent la...
Le Dernier des Baptiste de Jean-Marie Chevrier
Cela aurait pu être un roman dégoulinant de nostalgie. C’est tout le contraire. Jean-Marie Chevrier raconte un monde qui bascule vers la modernité, raconte la vie de Baptiste, paysan de la Creuse qui n’a jamais quitté son canton. Une ferme, un peu de terres, quelques bêtes, un tracteur d’un autre âge, les travaux de tous les jours, la rudesse du labeur, la mère qui règne, le célibat forcé,...
Je vous écris de l'usine de Jean-Pierre Levaray
Ni dieu ni maître, mais un patron, ou plutôt une patronne : l’usine. Une mangeuse de vie, une broyeuse d’humanité. Cette ogresse-là, Jean-Pierre Levaray l’a côtoyée, défiée, haïe, et malgré tout aimée puisqu’elle est à la fois la matrice et la matière de ses livres. Embauché à 18 ans, maintenant à la retraite, il fut ouvrier pendant plus de quarante ans dans la même usine d’engrais chimiques...





