La rédaction Martine Laval
Articles
Gino, artiste de la découpe
L’Italien Dario Voltolini met en scène son père boucher sur le marché de Turin. Hivernal, entre réalisme et délicatesse, est un adieu au paternel et aussi un hommage au travail. Puissant.
Clope au bec, une Nazionale sans filtre, et long couteau à la main, Gino règne en maître derrière son étal, en une chorégraphie réglée au millimètre, mais lui ne dirait pas chorégraphie, il dirait : travail. Il lui faut faire vite, les clients se pressent, s’impatientent. Au marché de Turin, le Porta Palazzo, ça grouille de monde et de bidoche. Gino achète des agneaux, la bête entière, la découpe, et la vend. Autour de lui, ses collègues s’agitent de même. Chacun sa spécialité, il y a ceux des lapins, des cochons, des bœufs. Ils s’apostrophent, blaguent, font crisser les lames, tapent du...
En quête du doute
L’Espagnol Javier Cercas part en guerre contre nos certitudes. Les Lois de la frontière n’est rien qu’un grand décrassage salvateur.
Obsession qui tournerait à la maniaquerie ? De livre en livre, Javier Cercas traque l’ombre, l’envers du décor, ou du miroir. Il talonne l’infime, le petit machin à peine discernable, le détail qui tue parce qu’on ne le voit pas, non pas parce qu’il est noyé dans la masse mais parce que nos yeux sont fatigués, nos consciences endormies. Alors Cercas scrute, cherche, renifle, s’interroge,...
Terminus Belz de Emmanuel Grand
Ce pourrait être l’œuvre d’un vieux routier du polar, endurci aux codes du genre – intrigue rudement ficelée, suspense savamment balancé, violence pile poil orchestrée. Trompeur ! Terminus Belz est un premier roman. À la mécanique implacable. Aussi charpenté que les meilleurs Thierry Jonquet, maître de la construction. Aussi finement écrit que les histoires « atmosphère atmosphère » de...
Un auteur
« Quand je n’écris pas, je suis normal »
Sylvain Trudel publie peu. Jamais content, il pousse même le vice (ou la perfection) à retravailler ses textes déjà parus, comme ceux de La Mer de la tranquillité. Ses histoires sont pleines à craquer de gosses aux genoux cagneux et aux yeux grands ouverts sur le monde. Causerie outre-atlantique, entre gravité et facétie.
En une seule phrase, terriblement simple, Sylvain Trudel possède l’art de tacler ses bienheureux lecteurs et de les laisser ventre à terre. Ainsi, celle-ci, piquée – pas au hasard – à la page 122 de La Mer de la tranquillité : « Tout seul dans le noir, on se sent moins seul, parce qu’on ne voit pas qu’il n’y a personne d’autre. » Une nuit, un gamin se barricade dans sa chambre, il s’enfouit...
Vie de monsieur Leguat de Nicolas Cavaillès
Monsieur Leguat n’est pas uniquement un personnage de roman, il a bel et bien existé, né en 1638, mort en 1735. Il fut l’un de ces huguenots chassés de leurs terres et contraints à l’exil. Nicolas Cavaillès prête une énième vie à cet homme qui en connut plusieurs : homme de la terre en Bresse, marin sur les océans, roi d’une cour des miracles à Londres, écrivain conspué. Monsieur Leguat,...




