La rédaction Sophie Deltin
Articles
Promesse subversive
Le regard d’insouciance miné par la révolte d’Irmgard Keun, écrivaine allemande à succès des années trente, méconnue en France.
Dans Quand je serai grande, la narratrice, une enfant pétillante à l’imagination insatiable, accumule les bêtises et les infractions à l’ordre petit-bourgeois dont au fil des jours, elle démasque, mine de rien, les cécités et les lâchetés d’adultes. Dans cette chronique bien ancrée dans le contexte de la fin de la Première Guerre mondiale, à travers laquelle on peut déjà déceler les signes insidieux d’une société encline au conformisme et à l’inertie de la pensée, terrain idéal de tous les totalitarismes, la petite fille se heurte en premier lieu au moralisme hypocrite et misogyne de sa...
Un livre
Grand-père et son canon
de
Ota Filip
Conflagrations affectives
Sa grand-mère, une cantatrice célèbre, le narrateur avait toujours entendu dire qu’elle était morte le 15 mai 1915. Et pour pallier ce manque d’aïeule, il raconte non sans humour comment ses parents y ont remédié « à coups de marteau… dans le crâne » par « la noble image littéraire » « d’une grand-mère fée vieillissante dotée de toutes les perfections ». Alors quand un beau jour il reçoit une...
Des livres
La Chambre noire
de
Rachel Seiffert
La Chambre noire
de
Rachel Seiffert
Les passés recomposés
La culpabilité se transmet-elle ? Rachel Seiffert revisite la « chambre noire » de tout un peuple, qui ne cesse de porter son poids d’ombre sur les (sur)vivants et les générations futures. Sans complaisance.
Quand je regarde des photographies ou des films documentaires datant de la guerre, il me semble que c’est de là que je viens, pour ainsi dire, et que tombe sur moi, venue de là-bas, venue de cette ère d’atrocités que je n’ai pas vécue, une ombre à laquelle je n’arriverai jamais à me soustraire tout à fait ». Ces mots écrits par le grand romancier W.G. Sebald, fils d’un officier de la...
Rouge hallucinatoire
D’une facture profondément expressionniste, « Fantôme » de Klabund (1891-1928) met en scène le psychisme et le corps d’un être au sein duquel s’affrontent instinct de vie et pulsion de mort.
En 1914, Klabund comme la plupart de ses contemporains poètes (Jakob van Hoddis ou Johannes Becher) ou peintres (Otto Dix, Max Beckmann) s’engage comme volontaire dans la guerre, qu’il salue d’abord comme le signe d’adieu adressé à une époque prisonnière d’une morale bourgeoise hypocrite. Cet enthousiasme patriotique, l’écrivain allemand, né en 1891 à Crossen-sur-l’Oder et de son vrai nom...
Un livre
Les Grands mots
de
Franz Innerhofer
La férocité des origines
Dans le dernier volet de son autobiographie romanesque, l’Autrichien Franz Innerhofer (1944-2002) décrit l’itinéraire infernal d’un écorché vif dans un monde sans grâce ni consolation.
Si l’on inscrit souvent et à juste titre l’écrivain autrichien Franz Innerhofer dans la filiation de Thomas Bernhard et d’Elfriede Jelinek, c’est en raison de son regard acéré et sans concession porté à l’encontre de l’Autriche de l’après-guerre. Son dernier ouvrage, publié en 1977 et dont Evelyne Jacquelin nous offre la traduction pénétrante, vient clore le triptyque qui portait sur les...


