La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un dossier
L'héritage Commune
L’origine du chaos
Poète, essayiste, romancier, Pierre Vinclair a très vite été attiré par l’écriture de la Commune. Comme si l’espace de la littérature et du poème était le dernier refuge de la justice. Poème et entretien.
Dans le Dictionnaire de la Commune, Bernard Noël appose à l’entrée « Poésie » une citation de Karl Marx : « Ce n’est pas dans le passé, mais uniquement dans l’avenir que la révolution sociale du XIXe siècle pourra trouver la source de sa poésie. » Poète, Pierre Vinclair l’est autant à titre individuel (auteur d’une œuvre déjà conséquente) que collectif – au sein de sa revue Catastrophes ou en...
Tombeau d’un monde rêvé
Pour les 150 ans de la Commune de Paris, L’Amourier réédite l’impressionnant Dictionnaire de Bernard Noël, paru une première fois pour le centenaire. Une manière, peut-être, de faire de la littérature le légataire d’une émancipation avortée.
Ce fut plus qu’un feu de paille, même si elle en eut la durée. La révolution sociale qui embrasa Paris du 18 mars au 28 mai 1871 aurait pu accoucher d’une société dont les derniers utopistes n’oseraient pas rêver. De l’égalité enfin réalisée à la démocratie directe, la Commune a adopté bon nombre de mesures que les mouvements ouvriers, révolutionnaires ou seulement progressistes depuis lors...
Sous le plafond de verre
Dans son quatrième roman, Gilles Moraton ébauche le portrait d’une société étouffante et mollement autoritaire. Si proche cependant de la nôtre…
Le narrateur de Marconi en personne appartient à la confrérie des solitaires insomniaques, de ceux qui à l’instar de Shéhérazade parlent pour repousser les ténèbres. Habitant seul un appartement des nouveaux quartiers grâce à sa « capacité d’allégeance à la nouvelle gouvernance et (son) respect des lois », il est sans passion, sans excès, sans révolte. De ces hommes qui descendent plus du...
Un auteur
Tout en un
Avec une grande fluidité, Indésirable parvient à lier ensemble genres et thèmes très variés. Pour finalement mettre à mal l’idée d’identité figée. Un bonheur.
La fiction agit parfois comme un aimant. Elle lance d’abord le lecteur sur une piste qui semble parfaitement balisée. Dans Indésirable, c’est celle de Sam qui, « tombë amoureuz » d’une vieille bâtisse, décide de l’acquérir afin de la transformer en un lieu de vie et de culture. Et ce, dans un village de province où s’est cultivé depuis longtemps un entre-soi qui est à la modernité ce que la...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




