La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Un travail d’artisan
Ses romans ont beau se situer au carrefour de divers genres (polar, satire sociale, uchronie…), Erwan Larher revendique de pouvoir écrire sans théorie. Dans le désir de la langue, et la nécessité d’interroger la condition humaine.
L’homme aime plaisanter. Élever la voix façon Arlequin pour faire diversion, effrayer et faire fuir tout risque de sérieux. Erwan Larher donne l’impression de se servir de son humour comme d’une armure, afin d’échapper, peut-être, au risque de l’impudique. Et cela est vrai aussi et surtout lorsqu’il évoque son écriture, révélant ainsi à quel point celle-ci lui est vitale. Une écriture qui...
Un auteur
Habiter le roman
C’est un long chemin semé d’embûches qui a conduit le lecteur compulsif qu’est Erwan Larher vers la publication de ses livres. Il fallait pour le parcourir que l’écriture lui soit vraiment une vocation.
Ce n’est pas parce qu’il est grand qu’il a le verbe haut. C’est plutôt que quelque chose bout en lui, un sang pulsé à un rythme soutenu par un cœur trop gros peut-être… L’homme est attachant, qui porte en lui une adolescence irrépressible. Avec sa chevelure de guitariste de heavy metal, ses santiags qui furent un temps son emblème, il véhicule cette étiquette d’écrivain rocker difficile à...
Poor lonesome writer
Invité à faire une tournée de promotion pour la sortie de son roman aux USA, l’écrivain et traducteur Brice Matthieussent fait l’expérience de la profonde déception dans l’Amérique de Trump.
Aucun éditeur français ne lui avait proposé cela : faire une tournée de promotion à travers le pays pour la parution d’un de ses livres. On comprend dès lors l’enthousiasme de Brice Matthieussent à accepter l’invitation de Will Ewans son nouvel éditeur américain, qui vient de faire paraître la traduction de La Vengeance du traducteur (P.O.L 2009) chez Deep Vallum, maison d’édition texane...
Enfant de la mélancolie
Dominique Fabre lâche les amarres de son écriture et se laisse glisser vers une banlieue reconstituée. Un territoire fait de récits tissés sur ce qui toujours manque et qu’à jamais on désire.
Amateurs de récits d’aventures rocambolesques, fans de voyages lointains, aficionados de westerns épiques ou d’explorations intergalactiques, Aujourd’hui le nouveau roman de Dominique Fabre, n’est pas pour vous. Comme ne l’est pas la totalité de l’œuvre de cet auteur, chantre de la banlieue, héritier littéraire d’Emmanuel Bove. Et ce nouvel opus encore moins que la vingtaine déjà parus....
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




