La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Deux filles
de
Michel Layaz
Un art du regard
C’est avec beaucoup de délicatesse que l’écriture de Michel Layaz s’empare du roman pour que la fiction se déploie comme une succession d’images sensibles.
Dans les livres de l’écrivain suisse Michel Layaz les phrases, courtes pour la plupart, semblent conduire chacune à une sorte d’évidence, d’immédiateté. Des phrases simples pour rendre une vie comme dans Les Vies de Chevrolet paru en 2021. Sans effets de manche, sans artifices, elles semblent presque s’effacer devant ce qu’elles racontent, comme un plan de cinéma qui ferait oublier que ce que...
Une poignée de braises
Un septuagénaire accompagne son fils mourant sur le chemin d’une rédemption à laquelle aucun ne croit. Et découvrent une forme de douceur tendre au cœur de la folie américaine.
Le nouveau roman de Richard Ford (80 ans au compteur) constitue le cinquième (et dernier ?) volet de la série « Frank Bascombe », débutée en 1982 avec Un week-end dans le Michigan. On y découvrait alors Frank Bascombe, écrivain amateur recyclé dans le journalisme sportif. Il vient de perdre son jeune fils et cette mort a précipité son divorce. Treize ans plus tard (et après trois autres...
Sous le soleil du Brésil
En s’interrogeant sur la nature de la rencontre entre Georges Bernanos et Stefan Zweig en 1942, Sébastien Lapaque déploie une enquête fleuve inquiète et roborative.
Fantôme venu du futur tel un Patrick Deville à Kampuchéa, Sébastien Lapaque est parti enquêter dans le Brésil des années 1940 sur la rencontre entre deux de ses monstres sacrés : Georges Bernanos qu’il admire et Stefan Zweig pour lequel il fait montre d’une sincère compassion. Les deux ont fui l’Europe sous la botte d’Hitler, le catholique après s’être décillé le regard du côté de Palma de...
Un auteur
Orfèvrerie monumentale
Sous couvert d’apocalypse, Mathieu Larnaudie met en scène la tragicomédie de la classe dirigeante face à sa fin annoncée. Et offre un roman de grande ampleur.
La fin du monde ? Eugénie Valier héritière de l’empire du même nom la sait proche. La vieille dame ne cesse d’asséner à son entourage, à son fils, ses courtisans, ses partenaires en affaires, sa conviction que l’apocalypse est là. D’autres milliardaires sur la planète se font construire d’immenses bunkers pour faire partie des derniers survivants, rester jusqu’à la fin au sommet de la...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




