La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
L’exhausseur de vie
Ancienne vigneronne, Christine Campadieu a rencontré Jim Harrison et l’a accompagné lors de pèlerinages littéraires et gastronomiques. Et sa vie en a été bouleversée.
C’est un livre de souvenirs et le récit d’une révélation. Alors qu’elle s’occupe avec son mari du domaine viticole La Tour Vieille à Collioure, Christine Campadieu rencontre l’ogre américain qui vient de signer un bel article sur son domaine. Il cherche quelqu’un pour l’accompagner dans ses voyages en France et en Espagne, elle cherche à régler ses pas sur une nouvelle aventure. Les deux vont...
Un auteur
Puissance du rêve
Poète, Jim Harrison était un écrivain habité. Par les paysages immenses où il décida de vivre, par les animaux qui venaient hanter ses songes et par les voix des personnages qui le visitaient. Comme un chaman.
Parce qu’il était né dans le Midwest, il ne pensait pas pouvoir réaliser son rêve de devenir écrivain. Il le devint pourtant jusqu’à s’imposer comme une des voix les plus puissantes de l’Amérique. On a fait de lui l’inventeur du mouvement Nature writing, ce qui est beaucoup et trop peu. La nature, bien sûr, est omniprésente dans les livres de Jim Harrison comme dans sa vie, mais l’œuvre est...
Entre ciel et terre
On avait aimé son précédent livre, Un été chez Jida, où le mot roman venait couvrir d’un voile pudique une confession difficile à mettre en mots. On a aimé, quand il nous fut possible d’y goûter, les vins naturels qu’elle produit du côté de Rochefort-du-Gard. Et ce nouveau livre de Lolita Sene, un roman encore, vient s’appuyer sur cette expérience que représente le métier de vigneronne. Un...
Dénouer le père
Dans ce roman à la noirceur lumineuse, Bertrand Belin invente une langue pour dire l’emprise d’une terreur originelle dans la vie d’un homme sans enfance.
Les romans de Bertrand Belin ont un projet commun : celui de ne ressembler à aucun de ceux publiés avant. Depuis Requin, l’écrivain construit un univers littéraire dont chaque élément cultive son hétérogénéité et déploie une langue à chaque fois différente. La Figure ne déroge pas à la règle : c’est une sorte de monologue d’un narrateur revenu, la cinquantaine passée, sur les lieux d’une...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




