La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Ténèbres du désir
Le nouveau roman de Pierre Michon reprend le fil interrompu de La Grande Beune. Et s’affronte à l’impossibilité pour l’écriture d’atteindre à son trou noir.
C’est le feuilleton le plus long de la littérature contemporaine : en 1988, la NRf faisait paraître un texte de Pierre Michon intitulé L’Origine du monde. Quelque temps plus tard, rebelote avec quelques chapitres publiés simultanément dans un nouveau numéro de la NRf et dans la revue Théodore Balmoral. Six chapitres d’un livre à venir qui s’annonçait comme le grand roman de l’auteur des Vies...
Asservissement volontaire
La première pièce du romancier Charles Robinson expose en cinq textes cinglants et caustiques l’addiction de l’homme pour le numérique. Et sa perte annoncée.
Ce sont comme des éclats d’un état de l’humanité saisie à travers la lumière des ordinateurs, des digicodes, des portables, dans la solitude où les réseaux sociaux laissent leurs utilisateurs que propose J’accepte, la première pièce de Charles Robinson. Textes elliptiques autant qu’électriques, issus d’un travail de plateau avec les comédiens et comédiennes qui transcrivent un état de...
En quête de Perec
La biographie de Georges Perec par Claude Burgelin marque l’importance que l’auteur de W ou le souvenir d’enfance a acquise depuis sa mort en 1982. Et révèle les innombrables pistes de lecture de son œuvre.
Il avait déjà signé un Georges Perec paru en 1988 dans la collection « les Contemporains » au Seuil. Claude Burgelin, chercheur, critique et universitaire propose cette fois chez Gallimard une somme sur l’auteur de La Vie mode d’emploi, une somme qui se lit aussi comme un roman. Car la figure comme l’œuvre de Georges Perec ne cessent d’interroger, d’inviter à l’enquête. Le personnage, Claude...
Un auteur
Géomètre du monde intérieur
Le nouveau livre de Laura Vazquez arpente un envers du monde guidé par la voix d’une presque folle jusqu’au point où « viendra la réalité décollée d’elle-même ». Une aventure.
Toi qui entres dans ce livre, oublie tes présupposés, tes préjugés, le confort de suivre des phrases corsetées par la syntaxe ou la ponctuation et tenues en laisse par le sens. Te voici, à l’entrée d’un monde où tes repères s’estomperont rapidement, où le centre ne sera pas toi, où ta raison vacillera et où tu trébucheras de chausse-trapes en chausse-trapes qui sont ici comme autant de pièges...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





