La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
De la tendresse, bordel !
Dans Crétin des Alpes ! Dominique Fabre renoue avec ses romans d’une enfance tout à la fois meurtrie et enchantée. Et avec une langue posée au bord de la tendresse.
Les aficionados de Dominique Fabre le savent : l’homme a vécu son enfance loin d’une mère qui l’a confié lui comme sa sœur à une famille d’accueil dans les montagnes alpines. Rejeté et accueilli en même temps, enfant « mensualisé » qui le week-end regardait les autres gosses endimanchés rentrer pour deux jours chez eux, le gamin « parisien » grandit donc au bord des champs et d’une rivière...
Un auteur
Place à l’artiste
Les livres de Jean-Charles Massera s’inscrivent dans une démarche artistique qui prend la littérature à rebours. Il s’agit de détricoter les représentations aliénantes, modifier la perception du monde. Non sans humour.
Pour certains, Jean-Charles Massera a d’abord été une voix entendue chaque dimanche de l’été 1997 sur les ondes de France Inter. Une voix légèrement acidulée prise dans un flot de mix sonores. Pour d’autres, ce fut d’abord et jusqu’en 2000 le critique d’art. Certains l’ont découvert sur une scène de théâtre, certains comme photographe exposé au Centre de la photographie de Genève. Bien sûr...
Un auteur
Homo lupus
Avec Occupy Masculinité Jean-Charles Massera fait feu de toutes voix. Les textes s’enchaînent et se répondent parfois, remplissent la page ou la vident, jouent des polices et du gras, glissent en italiques ironiques, bousculent la lecture, font rire le lecteur.
Ça peut passer pour un fatras, le contraire d’une ritournelle comme avec « Le roman mondial » qui clôt l’ouvrage et impose une...
Un auteur
L’art d’être au monde
Dans une enfance terne, bornée par la religiosité familiale, la découverte de l’art a été pour Jean-Charles Massera une révélation. Et la liberté l’objet d’une quête permanente.
S’il n’avait pas vraiment fait ses adieux à la littérature, cela faisait longtemps que Jean-Charles Massera n’avait pas publié de livres. En 2013, les éditions Le Gac Press sortaient Stairway to d’autres supports en collaboration avec l’École supérieure d’art et du design de Tours, Angers et Le Mans (TALM), livre dans lequel l’auteur de United Emmerdements of New Order revenait à sa façon sur...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



