La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Enfant de la nostalgie
Naître hypersensible dans une famille qui vous rejette, porter sur les autres la compassion dont on n’a pas bénéficié, cela pourrait faire de chacun un saint. Cela a fait de Dominique Fabre un écrivain au regard aiguisé, au cœur fraternel, à la voix fragile. Et primordiale.
En août 2005, la rentrée littéraire nous avait conduits du côté d’Asnières et de Bécon-les-Bruyères sur les traces des personnages de La Serveuse était nouvelle qui paraissait, dix ans après le premier livre de son auteur, Dominique Fabre. En dix ans, l’homme avait publié sept romans, où deux voies se dessinaient. Celle de l’adulte, piéton des Hauts-de-Seine et de Paris (Moi aussi un jour...
Un auteur
Toute la vie possible
Dans des essais abreuvés de poésie et nourris de luttes collectives, Marielle Macé trace des chemins de traverse qui conduisent à se réapproprier nos vies. Selon nos désirs.
Ses premiers essais, issus de la recherche, tenaient la littérature pour objet. Mais au fur et à mesure qu’elle accueillait la phrase littéraire dans son écriture, Marielle Macé a fait de la littérature le lieu même d’une pensée libératoire. Libératoire car il s’agit à la fois de lutter contre des représentations figées et polluées du monde et créer les conditions nécessaires à...
Un auteur
De l’air !
On pourra toujours mettre au crédit du Covid et de l’affligeante réponse qu’il lui a été faite (confinement, auto-autorisation de sortir, privation de la nature…) d’avoir permis à Marielle Macé d’écrire deux livres splendides : Une pluie d’oiseaux paru l’an dernier chez Corti et Respire qui sort aujourd’hui chez Verdier. Splendides parce qu’inépuisables tant ils ouvrent de voies dans la...
Un auteur
Vers les aubes nouvelles
Issue d’une famille modeste des bords de Loire, Marielle Macé a trouvé dans la pensée une arme contre la résignation et dans la poésie l’art de saisir tous les possibles du monde.
C’est un petit livre jaune qui l’a fait connaître du peuple des lecteurs de littérature. Paru en 2017 Sidérer, considérer ouvrait une voie neuve dans le travail de Marielle Macé comme dans la littérature. Une voie qui serpente depuis entre l’essai, les sciences humaines, la philosophie, la poésie et le rendu d’expériences de vie, et de luttes multiples. Entre une Marie Cosnay et un Arno...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



