La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Oil Notes
de
Rick Bass
Le pétrole pollue
Premières gammes de l’écrivain Rick Bass, Oil Notes se situe au partage des eaux : d’un côté la recherche du pétrole, de l’autre celle du bonheur.
Il y aurait presque tout un monde entre le Rick Bass de Dans les monts Loyauté et celui d’Oil Notes. Publié aux États-Unis en 1989, Oil Notes est plein d’une énergie conquérante mais souffre quand même de ses habits mal taillés, empruntés fissa aux grands auteurs lus en amont : Jim Harrison ou Thomas McGuane. On a ainsi parfois l’impression que le jeune Rick Bass (il a 31 ans quand sort le...
Un livre
Pierre Soulages (Trois lumières)
de
Jacques Laurans
Noir, c’est lumière
Le peintre Pierre Soulages, on le sait, n’utilise guère que le noir pour peindre ses toiles. Au pinceau, au couteau ou à la spatule, le noir qui recouvre dans ses plus récentes œuvres la totalité de la toile lie la forme à sa matière même et fait sourdre une lumière qui tire sa force de sa densité. L’écrivain Jacques Laurans est un amoureux des cinémas d’avant, où la vie surgissait à la fois...
Un livre
Soirs
de
Antoine Emaz
Le brouillon de la nuit
Présenté sous forme d’un journal tenu du 22 mai 1996 au 7 décembre 1998, Soirs révèle au moins une ambiguïté. En effet, bon nombre de poèmes, ici, pourraient n’être pas datés, tant ce qu’ils disent échappe à l’instant, ne marque nulle date. Le temps se compte en saisons et en climat. Il est un compagnon presqu’immobile, figé, mort (« on compte le petit tas d’heures// on est encore là/ donc on...
Un livre
L' Unité ou la déchirure
de
Françoise Han
L’Unité ou la déchirure
Jacques Brémond apporte toujours un soin particulier aux poèmes de Françoise Hàn. Ainsi de ce recueil, on dira qu’il est beau avant toute chose. Il faudrait ensuite évoquer sa fragilité sereine, comme si les pages de papiers végétaux importés du Népal sur lesquelles sont gravés les poèmes avaient été découvertes telles sous un glacier. Cela convient à cette poésie qui évoque tout à la fois la...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

