La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Bleue N°1
Bleue, avant de mûrir
On fera d’abord remarquer que Bleue a une couverture noire. Que la revue ne manque pas d’ambitions puisqu’elle se sous-titre : « littératures en force ». Qu’elle se donne les moyens de réussir, avec un comité de parrainage prestigieux : Jacques Roubaud, Michel Deguy, Michel Chaillou, Pierre Bergounioux. Que Bleue souhaite mélanger les voix reconnues à des « voix d’auteurs inconnus,...
Un livre
Passage d’encres N°11 « Lundi matin »
Passage d’encres
Cette revue semestrielle réussit son pari esthétique. De grand format (240x275), ce N°11 consacré à chaque matin de la semaine séduit d’abord l’œil et le toucher par une richesse de papiers (pas moins de neuf dont un Calque) où alternent interventions plastiques, poèmes, proses et courts essais. La typographie constitue ici un champ d’investigation où la recherche graphique contribue à...
Un livre
Écritures N°11
Le travail c’est l’écriture
Ce n’est pas parce qu’elle ne sort qu’un numéro par an, qu’il convient de traiter Écritures de paresseuse. Simplement, elle soigne sa tenue et une partie de son contenu. Une partie, seulement, car Écritures a pris l’habitude de demander à des écrivains de se charger de constituer eux-mêmes plus de la moitié de son sommaire. La revue leur adresse un questionnaire, ouvert, auquel les écrivains...
Des livres
Mendiants et orgueilleux
de
Albert Cossery
Un complot de saltimbanques
de
Albert Cossery
La Maison de la mort certaine
de
Albert Cossery
L’engagement dégagé
Trois rééditions en poche montrent comment Albert Cossery parvient à échapper à l’hypocrisie générale.Et à s’exiler du monde, pas des hommes.
Figure atypique des lettres, Égyptien de Paris où depuis cinquante ans il habite la même chambre d’hôtel, Albert Cossery est aussi un écrivain engagé. Le mot a de quoi surprendre aujourd’hui, d’autant que le vieil homme (né en 1913 au Caire) est devenu comme le symbole d’un sage détachement, d’un dilettantisme aristocratique. Mais l’engagement n’est pas appartenance à une idéologie politique...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

