La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Des livres
Aimer Venise
de
Petr Král
Le Poids et le frisson
de
Petr Král
A l’école du regard
Le poète pragois Petr Král propose ses instantanés de la cité des Doges. Sous sa plume attentive, Venise s’offre comme un voyage intérieur.
Arpenteur du monde et poète, Petr Král est aussi une sorte de peintre de l’instantané. Non qu’il trimballe avec lui pinceaux et chevalet, mais parce qu’il n’a pas son pareil pour, en une phrase, dresser devant nous une scène de la vie quotidienne à la profondeur de champ insoupçonnée. Illustré par le peintre et sculpteur Karel, Aimer Venise vous fera économiser le prix du billet d’avion ou de...
Le père bégayé
Avec une langue qui bafouille quand elle ne s’attache pas aux balbutiements de l’enfance, Pas revoir dévoile l’émotion d’un deuil indicible.
On sait le langage inadéquat à dire le monde. Les mots seulement capables de circonscrire une émotion sans jamais parvenir à en révéler ni la profondeur ni la violence. Face à une expérience indicible, comme ici la mort du père, il ne resterait donc que le silence, une parole mensongère (à dire autre chose que ce à quoi on s’est attaché) ou un maladroit balbutiement. Valérie Rouzeau a choisi...
Des lieux sûrs
Dans ce recueil dont l’unité crée la petite musique, chaque poème se compose d’une seule phrase de cinq ou six lignes. En peu de mots donc, mais agencés sur un unique souffle, Jean-Pascal Dubost condense les souvenirs d’une enfance réelle ou fictive à travers les lieux qui en constituent le décor : cour de ferme, ombre d’un pêcher, chemin. Au cœur de cela, deux séries de textes évoquent le...
Des livres
Première Sonnerie de trompette contre le monstrueux régiment des femmes
de
Eric McCormack
Mysterium
de
Eric McCormack
L’ère du doute
L’Écossais Eric McCormack perd ses lecteurs dans des histoires en trompe-l’œil. Entre fantastique et enquête policière, le règne du mystère.
Il est des livres qui laissent pantois. Le plaisir de la lecture nous entraîne sans faillir jusqu’à l’ultime page et on reste comme deux ronds de flan, abasourdi de s’être laissé ainsi berné. On croyait lire juste une histoire et voilà qu’on se retrouve plongé au cœur de mille interrogations, avec le sentiment que quelque chose s’est passé sans qu’on puisse savoir quoi. Les deux nouveaux...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



