La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Lettres à des morts plus vivants que les vivants
de
René Pons
Poste restante
Sur le registre du pessimisme, face à René Pons, même Cioran et Thomas Bernhard font figure de joyeux plaisantins. L’ermite du Gard n’a de cesse de ressasser toutes les vilenies du siècle : de la Seconde Guerre mondiale à la télévison, en passant par la trahison des amis, tout est bon pour dévider la pelote des litanies lugubres. Il arrive parfois que tant de chagrin revigore le lecteur. Le...
Désir, j’écris ton nom
C’est un livre gourmand, plus que gourmet, que le nouveau Daniel Biga. Gourmand de la chair des corps et de la chair des mots, Le Chant des batailles fait l’éloge du sexe, du désir « de la baise ». Et les batailles sont aussi celles qu’il faut sans cesse mener pour outrepasser les interdits et la morale. Succession de textes agencés dans une unité tenue par le « je » du narrateur, le livre se...
Transparaissez !
Michel Surya articule une réflexion qui permet de mieux lire la fin de siècle. On en sort revigoré par la beauté de la langue et par la force de la pensée.
Il y a la pensée et il y a la langue. Inextricablement liées. À tel point qu’on se demande, à lire Michel Surya, ce que l’une doit à l’autre, et inversement. Intellectuel, directeur de la revue Lignes, biographe de Georges Bataille et auteur de quatre récits, Michel Surya fait partie de ces écrivains qui déploient sur le papier la mécanique impeccable de leur réflexion. Encore qu’ici, dans...
Nina, un portrait
Sans être une Lolita, Nina est l’image parfaite de la femme-enfant. Cette étudiante moderne, éprise de livres anciens, est gentiment égoïste, diablement désirable et joliment mutine. Elle aime voir le désir dans le regard des hommes que ses jambes nues croisent dans les rues et pleure parfois devant la misère du monde. Nina est l’objet unique de ce livre. Le narrateur a dix ans de plus...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




