La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Revue de bibliothèques
A peine sortis des cartons les livres des bibliothèques ont investi chaque pièce de la maison sans pour autant se montrer envahissants. Première constatation : les revues imposent leur présence massive, preuve s’il en était besoin de l’importance de ce mode de publication pour une littérature d’idées, d’avant-garde ou marquée du sceau du modernisme. D’abord Tel Quel aligne la quasi totalité...
Un auteur
Le parti pris de Christian Prigent
Poète, essayiste, romancier, fondateur de la revue TXT et directeur de collection chez Carte Blanche, il publie trois livres cet automne dont Le Professeur, récit pornographique et littéraire dans la lignée de Georges Bataille. Retour sur trente ans d’une littérature obsédée par la langue, le sexe, la modernité et son devoir civique.
Christian Prigent fait partie de ces écrivains qu’on dit un peu rapidement « difficiles ». Ce n’est pas faute d’avoir publié des essais théoriques d’une clarté qui doit beaucoup à son sens pédagogique. Non pas sur ses propres fictions (ses poèmes et récits) mais sur la production d’auteurs dont il se sent proche : de Rabelais à Olivier Cadiot ou Hubert Lucot en passant par Artaud, Jarry ou...
Le monde en revue
Suite et fin des rencontres de Besançon qui lors de Revues en vue en juin dernier nous ont proposé cinq débats avec des revuistes et un débat avec des professionnels du livre.
Excusé, Michel Deguy pour la revue Po&sie s’est fait remplacer par Olivier Apert venu également présenter le travail de L’Odyssée. Gérard Augustin, lui, a pris un poids important dans le comité de Digraphe dirigée par Jean Ristat. Ses interventions, après deux jours de débats polémiques auront eu le mérite de détendre l’atmosphère. Henri Poncet, le directeur des éditions Comp’act et de la...
Un livre
L' Inceste
de
Christine Angot
La littérature excédée
Le succès médiatique rencontré par L’Inceste ne devrait pas faire oublier que Christine Angot est un écrivain. Son livre est là pour le rappeler, comme toute l’œuvre bâtie pour faire reculer nos propres limites.
Il est étonnant tout autant que peu surprenant que le sixième roman de Christine Angot soit devenu l’événement de cette rentrée littéraire. Étonnant car ses livres ne se donnent pas facilement au lecteur. Il faut reconstruire les séquences, combler les vides, avaler des répétitions incessantes, comprendre le sens de la ponctuation, glisser sur les emprunts faits à d’autres. Mais ce succès...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


