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Domaine étranger Stefano Benni, le rire de l’angoissé

janvier 1993 | Le Matricule des Anges n°3 | par Thierry Guichard

Baol de l’Italien Stefano Benni ressemble au 1984 d’Orwell revu à la sauce Monthy-Pyton. Mais derrière le rire, se profile la gravité d’un clown désespéré. Baol, c’est magiquement drôle.

Stefano Benni nous présente un drôle de personnage dans les pages de son roman Baol. Espèce de mage (il en a les dons) notre narrateur, Melchiade Zaporog’zie Bedrosian, se voit amené à collaborer avec des opposants au régime en place, régime tyrannique qui contrôle tout, à commencer par la télévision et donc, la pensée des citoyens
Le monde dans lequel il vit « a du bioxyde pour tout le monde. En revanche, il n’y a pas de bonheur pour tout le monde ». C’est l’Occident à quelques encablures de l’an 2000.
L’écriture de Stefano Benni est à mettre au crédit de la filiation d’un Boris Vian. Son livre est drôle, attendrissant, et plein de merveilleuses inventions stylistiques, jouant avec son lecteur appelé en témoin, jouant avec l’absurdité promise du monde vers lequel nous allons. On pourrait, comme le fait son éditeur en quatrième de couverture, ne retenir que cela, cette joyeuse critique de la société, cette légèreté de poète-magicien, on pourrait refermer le livre en se disant que ce fut, cette lecture, un bien joli plaisir. Mais Baol est bien plus que cela. Stefano Benni, sans avoir l’air d’y toucher, affleure à d’autres rivages. Dans un monde où le virtuel phagocyte toute réalité, où chaque image est fabriquée, où la pensée des citoyens est devenue la dernière conquête coloniale d’un pouvoir malade, c’est l’existence même des individus qui s’évapore dans la fumée noire des attentats terroristes. Remarquant un exterminateur d’insectes, appareil où viennent s’électrocuter les mouches dans les cafés, le narrateur remarque : « Tout moucheron ou papillon de nuit qui s’y pose crève, dans un frisson électrique. Je me suis mis à penser qu’aucune mort, à présent, ne fait plus de bruit que celle-là.(…) Si tu as la chance de naître papillon de nuit, on s’apercevra peut-être des trois secondes que tu vas mettre à mourir ». L’univers de Stefano Benni est trop sombre pour ne pas nous faire rire ; il n’empêche, derrière toutes les oriflammes de la comédie, c’est l’angoissante question de l’écrivain qui nous taraude. Au-delà des angoisses matérialistes, lots communs de notre siècle, c’est l’existence même que Stefano Benni met entre parenthèses. En dire plus, ce serait trop en dévoiler. Mais sortir d’un tel roman, agréable, comique, avec l’impression d’avoir atteint une telle gravité, voilà le symptôme que Baol n’est pas la simple critique de notre société. L’écrivain ne se satisfait pas d’anecdotiques grimaces, le clown ne parle pas seulement aux enfants.
Le personnage de Stefano Benni, est comme le privé de Brautigan qui s’enfuit dans sa Babylone, il est comme l’enfant de Prévert qui regarde par la fenêtre de la classe, un univers que personne d’autres que lui ne peut voir.
On appelle ça de la schizophrénie.

Baol
Stefano Benni

traduit de l’italien
par Françoise Brun
Robert Laffont
192 pages 110 FF

Stefano Benni, le rire de l’angoissé Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°3 , janvier 1993.