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Domaine étranger Mémoire hémophile

mars 1995 | Le Matricule des Anges n°11 | par Didier Garcia

Le Livre des étreintes

Après avoir visité le passé de l’Amérique latine dans sa trilogie Mémoire de feu, Eduardo Galeano se tourne vers sa propre histoire, comme pour recueillir, dans Le Livre des étreintes, ses rencontres avec la mort.
« Ecrire était ma façon de frapper ou d’étreindre. » L’élan fraternel dont témoigne le titre original - Abrazo, moins charnel qu’Etreinte, suggère un geste d’accueil - rêve de serrer dans ses bras tous ceux que ce monde s’est ingénié à exclure : Pablo Neruda, Juan Gelman (ce poète dont la famille fut décimée par les militaires argentins), mais aussi les Indiens, les ouvriers chiliens, les femmes assassinées… Chaque texte voudrait ainsi rendre une manière d’hommage aux victimes des dictateurs et des guerres civiles, mais le chant funèbre réveille la douleur, et la commémoration cède à l’indignation, à la haine, à des phrases virulentes qui cherchent à condamner l’horreur : « cette grande pute de souffrance que fut la dictature » poursuit son œuvre de destruction dans un pays où « les chiffres ont un meilleur sort que les personnes »
A trop vivre en compagnie du passé, les souvenirs contaminent le présent, et le quotidien s’alourdit des mutilations d’hier : la compassion pour ceux qui reçoivent des menaces de mort se mêle à la volonté de dénoncer les valeurs abjectes de la morale bourgeoise, l’hypocrisie des gouvernements, la lenteur ainsi que l’impuissance de la bureaucratie. Eduardo Galeano espérait sans doute pouvoir exorciser par l’écriture quelques-unes des horreurs qui hantent sa mémoire ; mais les blessures demeurent, car l’écriture est vaine, même si elle parvient à fustiger, même quand elle parle au nom de ceux qui ont été privés de parole. Et au terme de ce ressassement, qui effraie par sa gravité, le poète renoue avec l’écœurement, sinon avec sa propre mort : « je ne suis chez moi nulle part et je n’arrive pas à me retrouver ».

Le Livre des étreintes
Eduardo Galeano

traduit de l’espagnol
par Pierre Guillaumin
La Différence
276 pages, 138 FF

Mémoire hémophile Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°11 , mars 1995.
LMDA papier n°11
6,50