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Domaine français De la sauce à volonté

juin 1995 | Le Matricule des Anges n°12 | par Emmanuel Laugier

Gérard Lepiinois, d’abord dramaturge, publie, après un essai sur le théâtre et un récit, son premier livre de nouvelles, Pas la mort.

Gérard Lepinois a écrit pour le théâtre, mais pour un théâtre (Dominique Houdard a mis en scène certains de ses textes) qui ne consiste pas seulement à reproduire sur la scène une situation ou un lieu immédiatement reconnaissable (une rixe dans une rue par exemple). Il s’agirait bien plutôt, comme il le précise dans son essai L’Action d’espace (Deyrolle éditeur, 1992), de parvenir à écrire « un principe spatial fécond », non pour y représenter encore quelque chose de préexistant (ce palais, cette chambre), mais pour faire exister une scène inconnue d’où va « procéder » le théâtre lui-même, comme pour le Bunraku, l’un des théâtres de marionnettes japonais. Ce théâtre est ainsi minimal, sans décor, vide, vacant, plongé dans le noir. L’acteur, lui, n’y « apparaît (que) comme un trou », c’est-à-dire comme un corps qui va éclairer et rendre palpable l’espace nocturne du théâtre lui-même. L’écriture théâtrale, la philosophie, que Gérard Lepinois enseigna durant dix ans, tout cela peut se retrouver dans son travail d’écrivain et dans son dernier récit, Pas la mort, par les thèmes qui y apparaissent ainsi que dans la brutalité de sa prose, proche du langage oral. Toutefois, chaque livre de Lepinois trame son propre mode d’écriture, sans qu’au premier abord on ne voie les liens qui s’y croisent : entre Un (Deyrolle éditeur, 1992), son premier récit, et Pas la mort, il y aurait une coupure. Pourtant, Gérard Lepinois préfère répondre qu’il n’y a pas de séparations entre ses différents travaux, mais qu’il est un homme à plusieurs langues, que ces livres disent des états d’être différents, dont seule l’écriture elle-même peut rendre compte. Si Un est un livre de l’intériorité, Pas la mort, au contraire, est celui des vitrines où se reflète les bouches béates des mannequins de plastique, celui des hypermarchés, des S.D.F, bref, celui des trajets inéluctables de notre vie quotidienne, à peu de choses près. Huit textes, à l’écriture coupante, aux phrases courtes, nerveuses et grinçantes d’ironie, partagent Pas la mort. Mais les personnages se croisent, comme Luigi, les lieux se recoupent, les histoires se mêlent et se font échos. Ainsi, dans Le Centre commercial, Marc, pris dans « l’éclat des choses » amoncelées, aimanté à ce « quelque chose qui dépasse les choses et les lieux, une espèce d’être, épais et fluide, qui consent à faire exister le monde », va vite devenir un consommateur comme les autres, un aliéné de plus dans la grande chaîne du grand marché mondial. Un pas de plus, oui, et cet espace qui dégouline de choses va faire sens pour lui - « il y a hyper sous une bouche de femme, c’est pour que tu entres » -, ouvrir pour lui comme un paradis dont la fin est celle de la possession, ses moyens ceux du slogan : de la bonne sauce pour tous, à en vomir jusqu’au bout de sa vie.
Agnès, Luigi, l’étudiant qui sèche devant sa copie, ne comprenant plus l’alignement rigoureux de tous ces dos devant lui qui passent aussi, comme lui, l’examen, l’absence de liens et de communications entre un prof et un enfant dont le visage « est un puits », l’exclu, dont parle La Statue, et où toute la violence contenue des sept autres parties éclate - « protégé comme par une pellicule, je ne coule plus du tout, prêt à pisser sur moi sans m’en rendre compte. (…) C’est une sorte de béatitude de ne plus sentir où on est, qui on est. (…) J’ai été précipité dans une espèce de sauce profonde qui me recouvre, à l’extérieur et à l’intérieur » -, tout cela fait de Pas la mort un livre politique, dégagé de tout réalisme social ou de slogans nostalgiques. Un livre qui colle au réel, qui a de quoi remuer l’indifférence et les âmes molles.

Pas la mort
Gérard Lepinois

Deyrolle éditeur
88 pages, 79 FF

De la sauce à volonté Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°12 , juin 1995.