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Domaine français La rue en abîme

septembre 1995 | Le Matricule des Anges n°13 | par Eric Naulleau

Troisième édition et troisième éditeur pour La Rue profonde qui suscita voici quelques années un regain d’intérêt envers l’oeuvre de Paul Gadenne.

La Rue profonde (suivi de) Poème à trois personnages

Vent noir

L’on notera tout d’abord avec plus ou moins d’amusement qu’en chaque occasion où un petit éditeur attire à nouveau l’attention sur l’œuvre de Paul Gadenne, les grandes maisons s’empressent opportunément d’accompagner le mouvement. En cette matière, une mention spéciale doit être décernée à Gallimard qui exhuma de son fonds L’Invitation chez les Stirl au moment précis où Le Tout sur le Tout publiait La Rue profonde (1982), et qui propose aujourd’hui dans la collection l’Imaginaire… L’Invitation chez les Stirl tandis que le Dilettante édite à son tour… La Rue profonde.
L’intérêt de cette parution tient autant à la qualité du texte proprement dit qu’à l’addition en fin de volume d’une version inédite et antérieure d’une dizaine d’années de La Rue profonde, intitulée Poème à trois personnages. Reynald Lahanque livra naguère dans la revue Sud une analyse comparée fort pertinente et quasi exhaustive des deux variantes -depuis le choix des exergues jusqu’aux références mythologiques-, tant celles-ci s’apparentent à un cas d’école pour chercheurs en critique génétique.
Sur un canevas similaire, nombre d’éléments de la fiction sont en effet successivement affectés de valeurs différentes, voire opposées, et, plus singulièrement encore, le personnage féminin principal du récit originel abandonne son rôle dans La Rue profonde au profit de celle qui n’était qu’une figurante dans Poème à trois personnages. Imaginons une Madame Bovary bis où, par la volonté de Flaubert, Charles ne tomberait plus amoureux d’Emma mais d’une paysanne entrevue durant la scène des Comices.
Paru en 1948, La Rue profonde se rattache aussi bien chronologiquement que thématiquement à deux autres livres de Gadenne. Au Vent noir (1947), ce récit emprunte notamment un décor urbain d’apparence souvent panique - « .sous les murs à demi écroulés, sous les façades aux fenêtres béantes, par où de temps à autre un arbre sort la tête pour me regarder ou passe son bras pour essayer de me prendre » -, qui constitue moins une toile de fond qu’un protagoniste à part entière de l’intrigue. Et tout comme L’Avenue (1949), il se confond en partie avec une méditation sur la création artistique, puisque le lecteur se trouve pris à témoin de la naissance puis de l’élaboration d’un poème - « Il sera court. Une dizaine de vers tout au plus, étant donné que nous vivons dans les temps modernes » - et emprunte en compagnie du narrateur les voies tortueuses d’une inspiration parfois contrariée par la quête amoureuse menée parallèlement : « J’ai un ennui : il se pourrait que tout cela retarde l’achèvement de mon poème ».
Belle mise en abîme que ce poème à venir dans un texte lui-même en chantier dont Poème à trois personnages révèle les fondations et les échafaudages. Le passage d’un texte à l’autre permet en outre de saisir sur le vif le moment où Gadenne s’est dépêtré de certaines maladresses et naïvetés pour parvenir à maturité.
Dessertis de leur écrin romanesque -celui de Siloé (1) ou des Hauts Quartiers (2)- les grands thèmes gadenniens flottent ici dans l’atmosphère raréfiée d’un état de grâce : « J’ai rendez-vous avec quantité de façades déchues, de cafés déserts, de fenêtres closes, de canaux obscurs et de ruelles insipides où personne ne m’attend mais où je suis pressé d’aller, pressé d’attendre, pressé d’écouter le temps qui passe ».

(1) Siloé, Gallimard, 1941 ; Julliard, 1947 ; Le Seuil, 1974, collection Points-Roman, 1983.
(2) Le Seuil, 1973, collection Points-Roman,1991.

La Rue profonde suivi de
Poème à trois personnages
Paul Gadenne
Le Dilettante
272 pages, 120 FF

La rue en abîme Par Eric Naulleau
Le Matricule des Anges n°13 , septembre 1995.
LMDA papier n°13
6,50