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Domaine français Eloge de la puanteur

février 1996 | Le Matricule des Anges n°15 | par Didier Garcia

Avec une violence inouïe, Jean-François Caujolle dresse l’état des lieux d’une société qui croupit dans ses msmes. Du Beckett à l’état brut.

Avec ce deuxième recueil de nouvelles (après Un Monde à part, publié lui aussi au Dilettante), aucun lecteur ne pourra reprocher à Jean-François Caujolle de donner dans « cette saleté de littérature hygiénique d’aujourd’hui ». La littérature de Caujolle pécherait même par excès de saleté, deviendrait vite irrespirable s’il n’y avait ici ou là quelques bonnes bouffées d’air pur pour reprendre son souffle…
Dans ces huit nouvelles tout pue la merde, et pas n’importe quelle merde. La merde humaine, car comme le dit si bien la phrase de Beckett qui scande Le Trou, « Ils ont beau se laver, les vivants, beau se parfumer, ils puent ». Mais ils n’ont peut-être jamais autant pué que dans ce court florilège, et d’ailleurs ils ne sont pas les seuls. Ça pue aussi la vieille chaussette, le détergent, la vase, le fumier, le sang, la mort. Et parfois, quand tout va au plus mal, la haine.
Ça pue, mais on s’en accommode, on finit par vivre avec. Peut-être même à aimer ça. C’est du moins ce que les personnages semblent dire à l’unisson : « C’est parfois « sale », parfois louche, mais ça vit ». Ça a au moins l’honnêteté de vivre vraiment, comme chez Mado, où il fait bon s’arrêter siroter un ballon. Une vie plutôt simple, faite de petits plaisirs de rien du tout : se lever tranquillement à midi le lendemain d’une cuite, pisser dans son lavabo, puis prendre son premier blanc cher Mimile avec un œuf dur. En résumé, s’offrir un « premier petit brin de vie », de vraie vie. Et continuer sur sa lancée, comme pour ne pas perdre la main, par « une de ces belles érections d’automne, pleines de vie, plus fortes et plus durables que celles de l’été », avant de se laisser tenter par les arguments gironds d’Annie. Des plaisirs simples qui passent souvent par le corps et l’alcool : on se retrouve dans un caboulot pour siffler une petite prune, une longue goulée chaleureuse de Cahors, ou un doigt de liqueur en compagnie d’une septuagénaire aussi appétissante qu’une môme de seize ans. À moins de s’offrir un séjour aux w.-c. du café qui « sont des endroits poétiques, même les plus sales » ; ou comme Gilles, d’écouter les Doors.
À moins encore d’opter pour des joies plus subtiles et de se laisser tenter par les charmes de la nature. Chacun l’aura sans doute deviné, c’est une nature comme on n’en voit plus guère aujourd’hui qu’exhibe Caujolle, avec de vraies orties qui piquent, des rhubarbes vraiment boursouflées, des mares qui exhalent une « odeur de pisse macérée ». Sus à l’aseptisé. Dans ce petit bout de pays qui s’en va, comme tout ce qui est authentique, on entend encore braire les ânes, on peut pêcher en compagnie des couleuvres et des ragondins, et on ne se fait pas prier pour s’enivrer de plaisirs si purs. D’autres préfèrent toutefois s’allonger dans une bauge et parler aux porcs, simplement parce que « le porc est un animal doux qui aime la compagnie des hommes, capable d’un attachement profond, et d’une grande beauté pour qui sait la voir ».
Voilà qui est très bien. Et si le nouvel hédonisme tant attendu doit passer par la compagnie porcine, pourquoi pas ? Mais avec toute cette vieillesse, ce dentier qu’il faut laver, ces glaires un peu trop jaunes, ces flaques de sang, ces cancers, on n’est pas mécontent de lire la dernière page et de refermer le livre en sachant qu’Aline, presque centenaire, est encore de ce monde.
On en vient même à se dire qu’on pourrait bien faire comme Gilles : écouter les Doors, en attendant le prochain recueil de Caujolle. Et prier pour que ça pue un peu moins.

L’Éclipse
Jean-François Caujolle

Le Dilettante
108 pages, 79 FF

Eloge de la puanteur Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°15 , février 1996.
LMDA PDF n°15
4.00 €