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Poches Sylvia Plath : l’enjeu de l’imagination

février 1996 | Le Matricule des Anges n°15 | par Alex Besnainou

Les écrits de la vie de Sylvia Plath sont intimement mêlés. Elle redoutaut « la mort de son imagination » e vainement cherché dans ses écrits le sens de son existence. Elle s’est suicidé à 31 ans.

Le Jour où Monsieur Prescott est mort

Les éditions de La Table ronde viennent de rééditer dans la collection La petite Vermillon Le jour où monsieur Prescott est mort (La Table ronde, 1990), un recueil de nouvelles rassemblées par Ted Hugues son mari qui prévient dans la préface qu’il lui consacre que « Sylvia Plath elle-même aurait certainement exclu plusieurs de ces nouvelles » et qu’ « elles sont donc publiées contre son propre jugement » C’est que l’Américaine Sylvia Plath a eu une vie trop courte pour se charger elle-même de sa carrière littéraire. Bien trop courte. Et il est quasiment impossible de lire ses écrits en faisant l’impasse sur sa vie. Tout est bien trop mélangé. Sylvia Plath cherchait dans l’écriture la porte pour enfin atteindre sa vie, le passage secret qui lui permettrait de comprendre ce malaise permanent qu’elle portait en elle, cette inéquation totale avec la réalité. Elle ne pouvait exister dans ce monde-ci qu’en écrivant et était persuadée que la place qu’elle ne trouvait pas dans sa vie quotidienne lui serait attribuée par son travail : « Rien ne pue autant qu’un tas d’écrits non publiés, ce qui démontre bien que je n’obéis pas toujours en écrivant à des mobiles purs (Oh, c’est-tellement-amusant-je-ne-peux-pas-m’en-empêcher-qu’importe-que-ce-soit-publié-ou-même-lu)… Je tiens toujours à ce que ce rituel s’achève par l’édition ». De son vivant, elle n’a publié qu’un seul roman La Cloche de détresse, (Gallimard), à peine un mois avant de se suicider et elle était si peu sûre d’elle qu’elle n’a même pas signé ce roman de son vrai nom mais sous le pseudonyme de Victoria Lucas.
Sylvia Plath est née en 1932 du côté de Boston. Son père est mort lorsqu’elle avait huit ans. « Daddy, il a fallu que je te tue./ Tu es mort et je n’en ai pas eu le temps. » Un freudien se frotterait les mains. Elle a toujours écrit. Sa première nouvelle fut publiée en 1950, l’année même où elle fut admise au Smith Collège, le plus grand collège de filles du monde. Elle était brillante, gagna un concours de nouvelles, fit partie du comité de rédaction de la Smith Review, publia des poèmes dans différentes revues. Tout était, semble-t-il, parfait. Néanmois elle écrivait dans une lettre : « En regard des succès que je semble remporter, que de craintes et de doutes envers moi même… » Sa nouvelle Un Dimanche chez les Minton racontait déjà la difficulté d’une jeune fille rêveuse à se plier aux contraintes matérialistes de son frère. Le rêve est peut-être le mot clé de Sylvia Plath. « Ce que je redoute le plus, je crois, c’est la mort de l’imagination. » Dans sa nouvelle, La Boîte à souhaits, une femme ne fait que des rêves extrêmement banals, son mari a une vie onirique très riche, seule la mort la délivrera de cette impossibilité à rêver. La mort. En 1953, dépression nerveuse et tentative de suicide. Electrochocs et insuline. Elle avait 21 ans. « De plus en plus, sa perception déformée du monde qui l’entoure, le vide de sa propre vie, de celle de ses voisins, vont devenir la seule manière correcte de concevoir les choses » dit-elle d’elle-même. La cloche de détresse s’est abattue sur elle. Son roman du même nom relate tout cela. L’étonnant est le style enjoué. Une sorte de légèreté et de fluidité en décalage total avec les faits décrits. Quelque chose de Salinger. Sylvia Plath ne veut pas imposer aux autres son mal de vivre. Elle essaie de s’en sortir, de composer avec la réalité. Son écriture s’en ressent. Certaines nouvelles du Jour où Monsieur Prescott est mort ou des Carnets intimes (hormis les Notes de Cambridge, La Table ronde - 1991) reflètent une volonté un peu lourde de ne pas se laisser aller, d’entrer dans le moule littéraire de l’époque. Il est difficile pour une femme de la fin des années cinquante d’être différente, de vivre une vie non tracée. C’est cette lutte qu’elle menait malgré elle qui l’a fait entrer au panthéon des féministes. Elle aurait tant voulu être comme les autres, avoir une vie de femme au foyer s’occupant de son mari et de ses enfants. Elle ne le pouvait pas et sans jamais savoir si elle avait raison. Elle ne savait pas si les femmes avaient le droit à une autre vie. « La lune aussi est sans pitié : elle veut m’entraîner/ La cruelle, dans sa stérilité./ Son éclat me ravage. Ou peut-être est-ce moi qui l’ai capturée ? » Elle aurait même voulu être croyante, mais rien à faire : « Je ne pense pas que Dieu existe.«  »C’était comme si Sylvia ne pouvait attendre que la vie vienne à elle… Elle se précipitait pour l’accueillir, pour forcer les choses à se produire tout de suite… » dit d’elle un ami. Lorsqu’elle cessait de se battre pour être ce que l’on attendait d’elle, elle écrivait des pages superbes, les poèmes d’Ariel (éditions de Femmes) sont magnifiques, elle se rejoint enfin même si le lieu de la rencontre est ce mal de vivre qui ne la quitte plus. « L’utilité première de la poésie tient au plaisir qu’elle procure… » Même sa prose est enfin relâchée. La seconde partie de La Cloche de détresse décrivant son séjour en hôpital psychiatrique ne tient absolument pas compte d’une structure narrative figée et linénaire. Les critiques de l’époque n’y voient pas sa singularité même s’il lui reconnaissent une bonne plume. Il est déjà vraisemblablement trop tard. Elle vient de louer un appartement où avait habité le poète Yeats. La « cloche de verre avec ses déformations étouffantes » est redescendue sur elle. Elle se suicide en février 1963, elle n’avait pas trente et un ans. Elle a écrit peu de temps auparavant un poème intitulé Dame Lazare qui finissait par ces vers : « Mourir/ Est un art, comme tout le reste./Je le fais exceptionnellement bien. »
Il faut lire Le Jour où Monsieur Prescott est mort comme un document, une sinusoïde littéraire avec ses forces et ses faiblesses qui englobe toute la prose de Sylvia Plath, même si on n’y retouve pas la poussée fièvreuse de son roman ni les illuminations de ses poèmes.

Le Jour où Monsieur
Prescott est mort
Sylvia Plath

Traduit de l’américain par Catherine Nicolas
La Table Ronde
249 pages, 45 FF

Sylvia Plath : l’enjeu de l’imagination Par Alex Besnainou
Le Matricule des Anges n°15 , février 1996.
LMDA PDF n°15
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