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Poésie Dans l’interstice des voix

mars 1997 | Le Matricule des Anges n°19 | par Marie-Laure Picot

Le centre international de poésie de Marseille a accueilli Marie Borel en résidence. À la clé, des poèmes qui s’adressent avec force à notre solitude.

Ce qui frappe d’emblée dans les poèmes de Marie Borel, c’est le constat de l’incommunicabilité entre les êtres : « qui sait lire les pensées qui lient deux personnes séparées ? Notre dialogue vous amuserait, je balbutie et elle est sourde comme un pot ». Dans les vingt-trois fragments poétiques de Fin de citation, des êtres pensent à des choses, mais on ne sait jamais qui pense, les voix intérieures n’ont pas d’identité. Et pour cause, ce livre -seul le titre l’indique- est entièrement composé de citations. Phrases dites, écrites on ne sait où et reprises, vers « empruntés » aux plus grands écrivains… Dans ce semblant de bric-à-brac de voix rapportées, l’unité poétique est singulièrement présente.
Fin de citation témoigne d’un sentiment de présence-absence au monde. Une phrase isolée en dédicace du recueil, exprime clairement ce choix du lieu poétique : « for you to whom to be is not a question and not to be an answer ». (« À toi pour qui être n’est pas une question et ne pas être, une réponse »). Les pensées fragmentaires de Marie Borel se glissent dans cet interstice, entre le questionnement et le non-questionnement de l’existence. De telle sorte que les interrogations, parce qu’elles n’ont pas de réponse recevable, revêtent un caractère singulier qui est exactement le lieu où l’auteur pose sa voix. Dans la première phrase du fragment intitulé Rien avant la mer, on peut lire : « Cela ne sert à rien de découvrir ce qu’il y a dans la tête de n’importe qui. N’importe quel imbécile peut mettre sa tête dans le sable mais nul ne sait ce que l’autruche y voit. » Qu’est-ce qu’on est dans la tête des autres ? À question impossible, réponse déraisonnable. Dans certains fragments, l’auteur combine des images à des expressions ou des lieux communs qu’elle réinvestit : « Donc je suis entré dans cette maison, je me suis penché à cette fenêtre, on avait emmené le mort et le pré était vide. Lui croyait que si l’on se considérait soi-même comme un homme mort le plus dur était fait ».
Mais le ton de ce recueil, toujours distancé, parfois ironique, est aussi empreint d’un désespoir ténu. Dans l’interstice, le temps qui s’écoule avec lenteur est synonyme d’ennui et de lassitude. L’auteur s’emploie à traduire le mouvement de la pensée quand celle-ci se prend à errer sans but d’une manière presque absente : « Une rage lente épuise. Les chats descendent des toits poussés par la curiosité. Deux amants se trouvent parce qu’il n’y a qu’eux à trouver. On s’étreindrait à moins. Il fait un de ces temps. Il y a beaucoup d’hommes qui vous ressemblent finalement ». C’est un monde presque autiste que décrit Marie Borel. Une réalité décourageante qui est loin de pouvoir satisfaire nos attentes. « -Mademoiselle pourquoi pleurer ? Si l’on me demande je réponds. Alors il n’y a personne pour me le demander. C’est curieux comme ils s’effondrent rapidement tous ces hommes convenables ». Face à ce constat tragique mais commun d’une impuissance à exister -de même que le choix d’un livre fait de citations est peut-être l’expression d’une certaine impuissance à écrire- Marie Borel choisit souvent la dérision très présente dans les titres de ses phrases assemblées, toujours décalés : Bienheureux les analphabètes, et ce dernier pour le plaisir : Faire la soupe et rêver de coïncidence.

Fin de citation
Marie Borel

CipM/Spectres familiers
2, rue de la Vieille Charité
13 002 Marseille
32 pages, 60 FF

Dans l’interstice des voix Par Marie-Laure Picot
Le Matricule des Anges n°19 , mars 1997.