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Poésie Démon et fils du soleil

juillet 1997 | Le Matricule des Anges n°20 | par Marc Blanchet

Figure insaisissable de la poésie portugaise contemporaine, Herberto Helder écrit une oeuvre comme on crée un monde : dans la ferveur et l’extase.
Comment parler d’une langue immergée en elle-même et qui réclame pour qu’on la savoure de s’immerger également en elle ? La poésie d’Herberto Helder fait partie de ses prodiges aussi rares que les comètes et pour lesquels le terme de littérature semble peu approprié. Quelques ouvrages de ce poète portugais, publiés à La Différence et chez Lettres vives, ont suffi en France à créer un cercle d’admirateurs, des lecteurs qui savent au fond d’eux-mêmes que la poésie n’a de valeur que lorsqu’elle dépasse le cadre de sa lecture et semble appeler une pratique secrète, à la fois sacrée et profane, dans ce que nous nommons « la réalité ».
Helder est un chaman, un voyant, un mystique, un illuminé, qui tel un dieu à l’apparence humaine nous donne avec chacun de ses livres un des textes sacrés de son univers. Helder offre à la poésie la chance qu’elle réclame si souvent : celle de demeurer indéfinissable. Comment parler sans mesurer l’étroitesse de la critique devant l’ouverture du recueil Du monde qui vient de paraître à La Différence : elles bougent leurs mains mémoriales les mères/ transmuent/ le monde. Elles savent/ point par point le quotidien stellaire des matières : acier, vaisselle/ - derrière les ramures/ des ors le fruit illuminé là/ où elles le saisissent. Et le poète de s’inclure dans ce flot d’images aux couleurs scintillantes, envahies en quelques instants de figures tutélaires et d’objets magnifiques : «  (…) Je m’expose à leur travail/ stupéfiant et j’apprends et/ je me purifie. Le bras surgit de la racine aux doigts/ en acte de rose. Aux lunes en leurs méandres leurs lacis/ rouges - la leçon/ des éléments. Je vois tant de sève s’écouler par les orifices/ cette matrice crispée en ses parties/ vierges, nom/ baigné. » L’apparition de la poésie d’Herberto Helder a été vécu comme un choc au Portugal : il suffit d’évoquer le nom de cet écrivain à quelques lecteurs portugais pour les voir acquiescer muettement puis en parler avec application pour ne pas avilir la force tellurique de cette écriture. L’expression « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » pourrait même être de ce poète.Depuis les années 60 et la parution La Cuiller dans la bouche (La Différence), Herberto Helder a montré que la véritable poésie surgissait toujours de nulle part. Bien sûr, s’il est un fils du soleil, Helder est aussi un enfant de ce siècle : on citera volontiers l’imaginaire surréaliste pour parler de cette poésie où l’écriture semble prendre dans ses rets les images de l’inconscient, celles de la veille et du sommeil, les mêlant, architectures vertigineuses, aux termes de la modernité : acier, électricité et machines, puis les baignant à nouveau, fussent-elles androgynes ou mythiques, dans un quotidien de toute beauté où règnent les mères, la nature et les animaux. Bref, un monde, un monde unique de folie et de sensations avec autant de portes que de visions. Ce n’est pas un hasard si cette poésie apparaît à une époque où la science confirme que l’homme demeure en dessous de ses facultés intellectuelles et sensorielles, et qu’il hérite sans le savoir, si ce n’est à travers cet art de la réminiscence qu’est la poésie, d’un inconscient collectif qui trouve dans chaque destin ses propres lois.
L’admiration : cette notion fonde de nombreux poèmes présents dans Du monde, et généralement dans l’oeuvre d’Helder. Admiration devant ce qui s’accomplit, compréhensible ou non, ce qui naît dans les arbres, les fleuves, dans l’intant, admiration de ce qui se détruit, de ce qui arrache et brûle, admiration devant la musique qui semble iriser chacun de ces miracles. La poésie d’Helder est indéniablement tribale, irrationnelle, sauvage. Elle poursuit sa propre cavalcade et assume le monde qu’elle invente comme celui qu’elle prédit ou engloutit : « Ils font la lumière avec les bras et les jambes jusqu’à ce que le vent/ souffle tout dans cette leçon jusqu’à/ l’irradiant leurs gestes magnifient/ les formes de l’air dans l’or : la moisson astronomique./ Hommes d’abord ils sont ensuite animaux que le sang noue à la gorge./ Le monde est multiple./ Le corps, la danse le dévorent vivant. » Du monde n’a pas d’intentions pour autant, ce n’est ni un traité d’alchimie ni un jeu de pistes faits de clins d’oeil et de références cachées : l’oeuvre est là dans sa richesse et sa monstruosité. Elle bénéficie de plus d’une construction éditoriale heureuse : un texte en prose à la fin du livre permet d’en savoir plus long sur l’enfance d’Helder, sur l’origine d’une pensée et d’une inspiration à placer à côté des livres d’Artaud (elle ne lui ressemble pas pour autant) ou de Castaneda (pour le jour où on comprendra vraiment l’oeuvre de cet « ethnologue »). Le livre se conclut en effet par des souvenirs : « Au lit, on était à l’écoute d’une clameur, moments intenses, quel filtrage de mots, de phrases, de choses criées, et cela montait dans le silence, c’était notre musique qui se composait, et par dessous germaient nos dons bruts, nous étions sous le charme et respirions avec bravoure. » Après un déchaînement d’images chargées de violence et d’extase, un visage apparaît : celui de l’auteur, dans son intimité et sa modestie. N’oublions pas qu’Helder a refusé de nombreux prix prestigieux dans son pays par simple intégrité (une biographie à la fin de l’ouvrage nous renseigne à ce sujet). La conclusion de ce texte en prose intitulé Paysage mental suffit à convaincre de l’indépendance d’esprit de ce créateur. Le poète portugais termine ainsi l’évocation de son enfance :. Il faut vivre de même cette poésie, tant il est vrai que le Méphistophélès en nous révèle toujours un dieu caché, un dieu n’étant pour les alchimistes qu’un être humain exceptionnel.
Du mondeHerberto Helder
Traduit du portugais par Christian Mérer et Nicole SiganosLa Différence138 pages, 120 FF

Démon et fils du soleil Par Marc Blanchet
Le Matricule des Anges n°20 , juillet 1997.
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