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Dossier Jacques Serena
L’Idiot en armure

janvier 1998 | Le Matricule des Anges n°22

I N É D I T.

On est là. Au milieu de l’après-midi, une fille enveloppée dans une serviette. Elle bouge à peine. Elle repasse un blue-jean. Du coussin où je suis, je la vois de dos. Tout à l’heure, elle a chanté une ballade, mais elle ne chante plus. Je vois ses gestes appliqués, la serviette l’enveloppe mal, la serviette n’est pas faite pour ça, d’où je suis on peut penser que dessous elle est nue, rose, dorée, ou non, on ne sait pas, mais on a tellement envie tellement mal qu’elle soit nue. La lumière d’août qui entre par la baie vitrée crée comme un parallélépipède, comme un peu liquide, dans lequel elle remue vaguement, limpide, ralentie. On pense à un ballet, à un rite, un ballet rituel, la main va, et vient. On pense Cette présence, on pense Ce rayonnement, habiter la lumière. Elle ne chante plus, la serviette l’enveloppe, ne m’épargne rien, on pense C’est ça, c’est elle, mais la vie l’a donnée à d’autres, on pense Non, je ne voulais pas mais la voix en moi l’a dit. Je ne me sens pas peser sur le coussin. Je ne parle pas. On entend encore, venant de la terrasse, la voix monocorde presque virile de Gwladys parler de son prochain voyage à Almeria, on l’aperçoit couchée au soleil derrière la baie vitrée, on n’écoute pas. Je regarde la fille, vue d’ici, c’est elle, deux égratignures sur le genou gauche, c’est bien ça, mais je n’ai aucun souvenir qu’un genou m’ait déjà ému. Je prends la bouteille d’eau avec l’intention de boire, sans bruit, la gorge serrée, la main perdue. Elle se tient si cambrée qu’on voit sur la serviette les deux petites bosses des hanches, deux cailloux qui délimitent le creux du ventre. Je regarde cette fille qui regarde son fer à repasser, qui est ailleurs, on se demande où, on essaie d’imaginer où, on pense Dans la nuit criblée d’étoiles, on pense En bas dans une crique survolée de mouettes blanches, on voit les cascades, on la voit, on voit sa longue chevelure danser dans le vent, elle est à bicyclette, elle passe, glisse, on voit ses doigts blancs sur les poignées noires, on voit la peau rose dorée, les gouttes de sueur, le dos nu sous une sorte de vapeur, ou de voile, on voit les palmiers, et puis elle court, nue, on la regarde avancer, sans bruit, ralentie, le long des vagues, sans savoir où, bouche ouverte, sans un cri. Mais une mouette pourrait plonger. Mais je vois Gwladys derrière la vitre, j’entends qu’elle parle toujours d’Almeria, les yeux fermés, toujours quand elle parle, je vois que rien n’a avancé, que la fille regarde toujours ses doigts repliés sur la poignée noire du fer, je sens que je tape du pied sur l’air que j’ai inventé sur le mot Almeria avec les stridences des cigales, mais c’est l’air de la ballade qu’elle a chantée tout à l’heure, je pense C’est joli, c’est idiot, je pense Dans la nuit noire, mais je n’en sais plus rien.

A Ventimiglia, les douaniers aimaient décorer leurs bureaux avec des reproductions de Millet. Je me garais entre deux gros camions, j’ouvrais la portière,...

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