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Domaine français Colère

juin 1998 | Le Matricule des Anges n°23 | par Xavier Person

Le roman, pour François Bon, ne saurait dire la vie dans la ville. Impatience part de cette impossibilité.

Impatience est un livre à part dans l’œuvre de François Bon. Un livre qui se refuse à lui-même, qui ne se laisse pas écrire. Un livre d’insatisfaction, et difficilement lisible en tant que tel, mais qui dans sa difficulté, dans le constant refus que dans ses phrases il nous oppose, érige en nos pensées de claires délimitations, constamment nous ramène à l’impuissance, à notre enfermement, notre séparation d’avec ce ou ceux que nous cherchons à rejoindre.
Impatience pose la scène d’un théâtre comme seule réalité, mais un théâtre fictif où « de façon non synchrone », des voix se font entendre, des silhouettes apparaissent, sans s’incarner réellement, n’échappant pas à l’abstraction de leurs apparitions récurrentes dans la ville, fantomatiques : « l’homme, la femme, le philosophe tressaillant des comptoirs, les trois acteurs, l’homme des rêves, l’imprécatrice (celle qui a basculé), l’errante, l’homme de la rue ». Recensant les voix d’une colère, l’écrivain ne trouve pour leur expression que le mode de la théâtralité, de la dramatisation, à la limite de la caricature parfois. Mais si le livre peut, en cela, sembler artificiel parfois, un peu figé dans l’excès d’une rhétorique, c’est que, délibérément, un dispositif est la clé de son écriture, « dispositif noir ». Pas d’illusion de la représentation ici, mais, de l’impossibilité d’écrire la ville, l’élaboration du livre comme une scène, de ciment nu, avec en son centre un plateau noir, cerné par l’absence de décor. Dispositif noir : les mots n’ayant plus à charge de représenter ne deviennent plus que les vecteurs de la colère, ne servent plus qu’à délimiter un espace neutre, séparé, anonyme. Dans l’abstraction, l’expression tourmentée d’une impatience, d’une urgence. Un livre qui ne serait pas écrit. Un simple lieu, où crier.
L’entreprise est mélancolique. Elle n’autorise que l’échec. Elle ne s’en tient qu’aux limites infranchissables, aux surfaces. La ville est mur avant tout, mur gris. La colère entérine l’échec, l’exacerbe, l’accomplit. De cette limitation en son centre, l’écriture d’Impatience éprouve la dureté. Le dispositif noir fait un tambour contre lequel les phrases viennent battre. L’écriture est le plus souvent litanique : dans l’impossibilité de librement se déployer, renvoyée toujours à une fondamentale disjonction, faisant retour sur elle-même pour à partir de là s’élancer toujours, et toujours se heurter.
« N’est pas d’aller aux signes écrits et prendre à son tour droit au mot pour ajouter : pourquoi ? » : une véritable négativité ici est à l’œuvre, cependant quelque chose advient dans le refus, dans la dénégation. La nudité du mur de ciment peut faire une ascèse à la fin. Le néant d’une existence reléguée dans « le rôle d’être rien », pour ne mener qu’à « l’expérience toujours originelle, d’être seul et insatisfait », n’en est pas moins une expérience existentielle où une affirmation est possible, où finalement advient une histoire, où une voix peut dire oui. Un roman d’amour s’écrit en filigrane.
Impatience est un texte qui, en dépit de sa difficulté, en raison de cette dificulté, mérite qu’on s’y attarde. Car il est de ceux, rare, qui se rêve une efficacité pour nos vies, ambitionnant de n’être pas qu’un livre.

Impatience
Editions de Minuit
94 pages, 65 FF

Colère Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°23 , juin 1998.
LMDA PDF n°23
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