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Théâtre Mauvaise pioche

août 1999 | Le Matricule des Anges n°27 | par Nathalie Dalain

Anna Rozen joue à la collectionneuse. L’érotisme de pacotille en plus, la subtilité en moins. Un fatras suranné qui n’offre que du déplaisir.

Plaisir d’offrir, joie de recevoir

La chair est triste, hélas, quand on lit certains livres. Or il se trouve, malheureusement, que le premier ouvrage d’Anna Rozen est de ceux-là. Le titre paraissait pourtant délicieusement mièvre, Plaisir d’offrir, joie de recevoir, remuant par sa seule évocation bien des souvenirs enfantins. Mais ce qui est tapi au fond de la tirette est des plus accablant, et il n’y a absolument nulle joie à réceptionner un tel cadeau. Composé de vingt-huit chapitres, Plaisir d’offrir, joie de recevoir relate les expériences sexuelles d’une jeune femme « qui aimait le plaisir des hommes (presque) autant que le sien ». À peine drôles, toujours convenues et effroyablement lassantes, ces exégèses de fond de culottes ne provoquent au final qu’un sinistre agacement. D’une écriture pétrie de banalités, Anna Rozen ressasse les plus éculés clichés. Attouchements en bas âge, dépucelage décillant ( « Lors de ma première fois, le monde s’est ouvert pour moi » ), activités buccales à l’arrière d’une DS, coûts divers (mais jamais très variés) avec des inconnus, viol consenti par « simple lassitude », fornications estivales, triolisme et masturbation. Ne manquent à l’inventaire que deux ou trois ratons laveurs, mais ça ne suffirait pas à en faire de la poésie moderne. D’autant que les effets de style tentés sont loin d’être probants : « Désigné du doigt, choisi comme/ au marché./ Docile et décevant comme/ un melon mâché ». L’auteur s’acharne néanmoins à nous imposer son lyrisme boiteux, agrémentant systématiquement chaque récit insipide de ses métaphores débilisantes : « Cette pierre philosophale (…) irradiait dans mon ventre », « je suis le butin qu’ils partagent, la scie qui vibre entre eux deux ». Au milieu de cette consternante litanie, des réflexions aux accents de fausse naïveté surgissent parfois : « Moi, ce que j’aime dans le sexe, c’est qu’on peut y mettre les doigts ». Mais le décalage escompté ne réussit pas davantage à faire mouche que les épisodiques remarques crues assénées par l’auteur : « Je hais (…) le tampon hygiénique ». Outre sa forme bancale et soporifique, l’ouvrage est totalement dénué de fondement. Le parti pris d’Anna Rozen est censé être celui de la consignation. Elle ouvre d’ailleurs son livre sur « je note (…) toutes les fois où je fais l’amour ». Cette idée de carnet de route aurait peut-être pu déboucher sur un concept intéressant. Mais elle ne s’y tient pas. Les digressions pseudo-poétiques peuplant trop le texte pour lui conserver son aspect de constat. Aucune réflexion personnelle ou pertinente ne découle du texte. Hormis le côté répétitif des récits.
Depuis quelque temps, nombre d’écrivains femmes traitent du rapport qu’elles entretiennent avec leur corps, et avec le sexe en particulier. Chacune y apporte un point de vu personnel et des moyens stylistiques propres pour ce faire. Brutalité descriptive chez Virginie Despentes, lucidité cruelle chez Linda Lê. Ou encore dissection quasi-clinique dans le très réussi roman d’Alice Massat, Le Ministère de l’Intérieur (Denoël). Le fait qu’elles se soient attelées au sujet n’est pas lié à un réalisme licencieux qui serait de bon ton en littérature féminine. Mais parce qu’elles ont su puiser dans leur vécu des éléments susceptibles de créer une réelle écriture, une forme littéraire dérangeante, ou à défaut, un angle d’approche neuf. En picorant dans les avatars de ses consœurs, Anna Rozen n’en retient que des poses caricaturales. Et se fourvoie, croyant qu’il suffit juste de parler de sexe pour que fellation rime avec subversion.

Plaisir d’offrir, joie de recevoir
Anna Rozen

Le Dilettante
174 pages, 95 FF

Mauvaise pioche Par Nathalie Dalain
Le Matricule des Anges n°27 , août 1999.
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