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Domaine français Faye, le sélénite

août 1999 | Le Matricule des Anges n°27 | par Marc Blanchet

Romancier à part, imprégné des littératures de l’Est et d’Amérique du Sud, Éric Faye bâtit avec soin des édifices toujours prêts à se rompre.

Croisière en mer des pluies

À force d’emmener ses personnages dans des lieux sauvages (Le Général Solitude), des villes imaginaires (Parij), des forêts légendaires (Le Mystère des trois frontières, ces trois ouvrages au Serpent à plumes) ou de dérégler les barrières de l’espace et du temps (les nouvelles de Je suis le gardien du phare, éditions José Corti), Éric Faye devait un jour ou l’autre les emmener sur la lune. C’est chose faite avec Croisière en mer des pluies.
Pourtant, nous promettre le fameux astre blanc, nous le décrocher comme dit l’expression n’est pas la chose la plus heureuse qui puisse arriver aux habitants du XXIe siècle : la lune a été lentement colonisée, différentes nations y travaillent plus ou moins ensemble, tant la méfiance des unes et des autres est de mise.
Échoué là-bas, le professeur Michel Vivien est possédé de la même obsession que ses condisciples militaires et scientifiques : celle d’observer. Ou plus exactement se livrer à ce voyeurisme coupable qui consiste à braquer des télescopes sur la terre et regarder avec le mal du pays vos semblables s’agiter, voyager, aimer… Mateur invétéré, amoureux déçu, mari humilié par sa propre faiblesse, Vivien est tout cela, et habitant de la lune par-dessus le marché ! Livré à ses peurs, à ses interrogations sur un siècle qui poursuit le clonage, observe la terre à des fins militaires, Vivien cherche le sens comme d’autres un siècle avant.
Qu’importent les lieux ou les époques, Faye continue son travail de sape : l’homme est un malheureux qui n’a guère d’autre choix que la folie. C’est une constante dans son œuvre que d’amener tout doucement ses personnages sur une pente que l’on devine savonneuse, les laisser glisser jusqu’à des chutes d’autant plus désespérées qu’elles ne produisent pas de cris mais se font dans l’indifférence générale.
« Certains parviennent à exister, par inadvertance. Pour ma part j’ai vécu à côté de ma vie, confortablement. Je tiens à le préciser, tout près de la vie », constate au début un narrateur si bien manipulé qu’il est souvent raconté à la troisième personne.
Manipulé ou manipulateur ? L’absurde surgit du manque de repères pour chacun des personnages. Et si une organisation secrète semble tenir les fils, elle rejoint le brouillard général d’un monde qui voit dans la proche conquête de Mars un nouvel espace de survie.
Croisière en mer des pluies est avant tout une lente dérive sentimentale. Michel Vivien braque son télescope sur la terre, guette son ex-femme, pendant que son fils a lui aussi braqué son télescope vers la lune. Mais personne ne se rencontre. Avec ce mélange de suspense et de fin détachement qui fait l’excellence de son écriture, Éric Faye continue, dans des mondes de pouvoir, de montrer comment l’homme corrompt son ennui avec le progrès. Le récit repose sur cette question : Michel Vivien va-t-il être en contact avec cette organisation, détruire par exemple ces immenses télescopes fixés sur la lune ?
Le récit passe du doute des personnages à des considérations aussi simples que brillantes sur la destinée humaine. La fin donne au livre une densité déjà présente à chaque ligne.

Croisière en mer des pluies
Éric Faye

Stock
234 pages, 105 FF

Faye, le sélénite Par Marc Blanchet
Le Matricule des Anges n°27 , août 1999.
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