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Premiers romans En attendant l’avenir

octobre 1999 | Le Matricule des Anges n°28 | par Thierry Guichard

Économie de moyens, sensibilité : Hubert Mingarelli plonge au cœur d’une enfance silencieuse et émouvante et fait entendre une voix juste.

Une rivière verte et silencieuse

C’est vraiment pas grand-chose. À peine un murmure sur le quotidien d’un gamin qui vit seul avec son père. Des phrases courtes cernées par le silence. Une voix fragile et ténue. Le premier roman de cet auteur pour la jeunesse semble comme un château de cartes dressé avec seulement le deux et le trois de trèfle. Un château minuscule, posé en bord de table et que menace le moindre souffle. Ce pourrait être une histoire misérable que celle de Primo, enfant solitaire, au bord de l’autisme dont le père ne fait rien, sinon parfois tondre les pelouses pour nourrir de quelques billets une boîte à café. Pas de mère, pas même son évocation. Pas de copain et pas d’école. La vie de Primo c’est sortir la centaine de pots où des graines de rosier forment le seul avenir possible, les arroser deux fois par jour, les rentrer le soir, bien alignés, dix rangées de dix pots enrégimentés entre le lit du gamin et celui de son père. C’est adresser chaque jour quelques prières au Très-Haut pour que les rosiers prennent ou pour que l’électricité soit rétablie dans la maison. C’est surtout un long champ d’herbes hautes où l’enfant s’est construit un tunnel de végétation sur plusieurs kilomètres et qu’il arpente inlassablement pour dérouler avec ses pas des histoires de lendemains. Dit ainsi, on regretterait presque que le service marketing des éditions du Seuil n’ait pas pensé à glisser dans le livre un mouchoir en papier.
En investissant la voix du garçon, Hubert Mingarelli a cependant trouvé un point de vue sur l’histoire qui rend le récit lumineux. On pourrait parler d’éthique. L’enfant ne voit pas la misère comme nous la verrions nous, où comme la voient par exemple les deux préposés de l’EDF venus couper l’électricité. Ou plutôt, il ne se la formule pas ainsi. Observateur des moindres détails, des mouches et des brins d’herbe, il sait trouver une lumière magnifique, entendre l’eau de la rosée tomber en cascades fines au cœur de son tunnel. Sa parole est sans cesse habitée par une confiance calme et son esprit sait inventer des histoires si simples qu’elles pourraient être possibles : s’acheter un bras de rivière qu’enjambe un pont, par exemple.
Évidemment, dans le silence qui l’entoure se tait un drame dont on ne saura rien : pourquoi Primo n’a-t-il pas de mère ? Ce tunnel dont il a beau prétendre qu’il n’est pas une échappatoire, qu’est-il sinon le lieu du refuge et celui du refus de la réalité ? La rivière verte et silencieuse où le père, jadis, pêchait à la main des truites bleues, qu’est-elle sinon le lieu mythique du bonheur ? Cela nous est donné par les mots que le garçon ne prononce pas. Le livre se lit aussi dans ces silences.
C’est vraiment pas grand-chose ce bouquin, mais les dialogues entre le père et le fils tissent une fragile passerelle entre le monde adulte et l’enfance, chacun prenant la part de l’autre qu’il n’a pas. Le père, parfois, se fait aussi irresponsable qu’un gamin, Primo aussi sage qu’un homme mûr. Il n’y a pas entre eux de caresses ou d’embrassades (l’enfant seulement une fois au père ivre dira que son bras contre lui ne le dérange pas). L’amour passe par quelques mots lancés à l’exploration d’un avenir qu’on espère radieux (grâce aux rosiers) ou d’un passé qu’on voudrait merveilleux (les truites bleues). Des bouts d’histoire qui vont abreuver les longues marches sous le tunnel de verdure.
C’est vraiment pas grand-chose que ce livre, mais un premier roman capable de faire naître autant d’émotions, si on croyait en Dieu, on dirait qu’aujourd’hui c’est presque un miracle.

Une rivière verte et silencieuse
Hubert Mingarelli

Éditions du Seuil
123 pages, 75 FF

En attendant l’avenir Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°28 , octobre 1999.