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Histoire littéraire La modernité entre deux rives

octobre 1999 | Le Matricule des Anges n°28 | par Éric Dussert

La destinée littéraire de Marcello-Fabri est emblématique de sa génération : écrasée par le souvenir de Mallarmé, elle a bataillé en vain pour des places au soleil que les surréalistes ont raflé sous ses yeux.

Marcello-Fabri (avec le tiret) se nomme officiellement Marcel-Louis Faivre. Il est né le 17 juin 1889 à Miliana (Alger) et fait partie de la génération perdue qui dut trouver sa place entre le passage du cyclone Mallarmé et la tabula rasa de 1914-1918. Dans son essai sur Les Devanciers du surréalisme (Droz, 1971), Léon Somville lui accorde une place choisie entre Valéry, Claudel, Reverdy et Breton car parmi tous les écrivains qui bataillaient à coups de doctrines amphigouriques entre 1912 et 1925, il fut le premier manipulateur des thèmes surréalistes (inconscient, mystère) doublé d’un poète accompli.
C’est après l’énonciation des Intégralisme (Lacuzon), Impulsionnisme (Florian-Parmentier), Dynamisme (Gossez), Paroxysme (Beauduin) et Dramatisme (Barzun) que Marcello-Fabri bâtit sa propre niche doctrinale. En 1920, il s’écriait pourtant dans sa Revue de l’époque : « Pourquoi des étiquettes ? Un écrivain est-il un bocal d’apothicaires ? » Il fallait en passer par là. Il lance alors le Synchronisme, une synthèse de croyance positiviste dans le progrès, la « perception et (la) reconnaissance des identités qui relient la terre et le cosmos, les parties de notre existence dans leur multiple cheminement à travers les zones du physique et du mental, de l’inconscient et du conscient » (J. Roussel). L’appellation a pris un accent ironique car seuls les surréalistes se révéleront synchrones avec l’Histoire et les rendez-vous qu’elle propose. Leur présence aura oblitéré l’homme qui avait fait dès le début de l’année 1925, c’est-à-dire avant Breton, la part belle aux théories freudiennes.
Fils d’une Algérie qui expédie à Paris ses jeunes élites, Marcello-Fabri perd à l’âge de quinze ans son père et entreprend des études tout en gagnant sa vie. Il a entamé la rédaction de poèmes et de récits qu’il place à partir de 1906 dans les journaux d’Alger. Le recueil de ses textes de jeunesse, Hallucinations, paraît en 1909 puis il fait, en 1911, son premier long séjour à Paris où il entre en contact avec Paul Fort, Paul Adam ou René Ghil. Ses poèmes reçoivent l’assentiment des maîtres Han Ryner et Saint-Georges de Bouhélier. L’année suivante il fait un premier retour à Alger. L’Homme qui devient dieu paraît alors, long poème dont Vigné d’Octon salue l’ « hymne aux ailes d’or » et Octave Béliard le « verbe puissant (qui) déchaîne l’orage ». Marcello-Fabri a une patte et de la vitalité. « De cette Glèbe, engraissée au-sang-des-faux-dieux-morts,/ viendront, pour régner sur le monde, beaux et forts/ les vrais dieux qui seront faits à l’image humaine… »
De retour à Paris en 1919 avec son épouse l’essayiste et musicienne Geneviève Germain, il fonde La Revue de l’époque à laquelle participent Pierre Albert-Birot, R. Canudo, Cendrars, Robert Delaunay, Albert Gleizes, Ivan Goll, Saint-Pol-Roux, André Suarès, Jules Supervielle ou Charles Vildrac. Paraissent La Force de vivre, La Folie de l’homme et surtout les Poèmes synchroniques qui valent un manifeste : « le téléphone accroche Paris par son fil/ -l’écran cinéma fit vivre trop vite/ la foule en ces replis hebdomadaires :/ tous les trains convergent vers nos maisons/ à chaque instant la pièce où nous sommes/ est traversée par un express (…)  »
Son chef-d’œuvre date de 1912, c’est L’Inconnu sur les villes, un roman marquant, sans personnage, une ode à la modernité et à tous ses cauchemars. On y devine l’unanimisme de Jules Romains et Les Villes tentaculaires de Maeterlinck, le tout charpenté d’images solides et des trépidations de la foule moderne. « Dans ce matin froid d’hiver occidental, la ville était encore en marche, le mouvement était puissant, mais la foule n’était pas lourde et houleuse comme une mer mauvaise (…) elle était presque ordonnée, allègre, joyeuse, soufflant dans ses mains bleuies de froid, ou criant par ses innombrables bouches aux lèvres gercées. » Inquiète exaltation lorsque le rassemblement s’annonce guerrier. « La cadence des pieds ferrés, posés ensemble sur le sol ; les hachures parallèles des fusils au-dessus des têtes, l’uniformité passive de l’attitude des soldats transportait le peuple des rues. Le sentiment de « leur force » donnait aux plus esclaves, du courage physique et des désirs de bataille ». Visionnaire.
Le 21 janvier 1925 a lieu au Théâtre de l’Œuvre la première de sa pièce Le Génie camouflé mise en scène par Lugné-Poe. C’est un échec. Pour faire le point, l’écrivain regagne Alger, l’autre foyer de son inspiration. Il s’installe dans une villa du Mont-Hydra. Avec ses amis parisiens Marcel Batilliat, Émile Gaudissart, Paul Achard, André Tabet, il organise des expositions, fonde la Fédération africaine des travailleurs intellectuels. Il ne baisse pas les bras et se réinstalle à Paris dès 1937 pour fonder une nouvelle revue L’Âge nouveau avec l’objectif d’en faire la « vraie-revue-de-l’intellectualité ». Il s’explique à cette occasion sur l’usage curieux qu’il fait du trait d’union : « l’écrivain dont-le-plus-gros-de-l’effort-tend-à-la-synthèse (…) ne peut oublier lorsqu’il écrit qu’il s’est souventes fois lassé lui-même aux méandres de quelques-uns de ses confrères. L’analyse, depuis longtemps, est faite en lui. Il veut prendre-ses-virages-au-frein. C’est alors que le trait-d’union lui est indispensable. » Frein ou pas, ce sont soixante poèmes, trente scénarii et deux romans qui paraissent entre 1925 et 1938, date à laquelle il donne Les Chers Esclavages. Milosz leur trouve de la grandeur. Il est vrai qu’il a mis là beaucoup du Synchronisme : double perception et expression, phonétique, couleurs, correspondances, entrecroisement des rythmes, il joue sur le papier « les arabesques d’or des flûtistes arabes ».
Arrive la guerre. À nouveau, il trouve refuge à Alger et y meurt d’une hémorragie cérébrale le 28 décembre 1945. Sa femme puis son fils, le compositeur Mario Faivre, attachés à la part algérienne et philosophique de son œuvre ont pris le relais afin de défendre la mémoire de cet intellectuel trans-méditerranéen qui avait eu en 1938 l’intuition de l’Évolution du roman (Mercure de France) : « Les romans de l’avenir seront vraisemblablement des romans-essais, qui satisferont à la fois les deux angoisses humaines, celle du savoir et celle de l’hypothèse. » Même s’il n’a pas prévu le rôle de cette ronde cicatrice qu’est le nombril dans les Lettres de notre temps, Marcello-Fabri mérite qu’on le relise et que l’on étudie, pour faire suite à Léon Somville, le rôle de ces idées dans le concert bien assourdi des années 1920.

Une association des amis de Marcello-Fabri se constitue :
S. Rinaudo, 22 rue de Fleurus, 75006 Paris.

La modernité entre deux rives Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°28 , octobre 1999.