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Domaine étranger Tempêtes sous un crâne

janvier 2000 | Le Matricule des Anges n°29 | par Benoît Broyart

Folie et isolement : Timothy Findley se tient une fois de plus, avec La Fille de l’homme au piano, au centre de la complexité humaine.

La Fille de l’homme au piano

Le nouveau roman de Timothy Findley comporte une importante dimension historique. Mais s’il retrace le parcours d’une famille canadienne de Toronto, entre 1850 à 1939, il relate avant tout la quête de Charlie, jeune accordeur de piano. La fresque laisse rapidement le champ libre à l’intime, à la souffrance individuelle. L’écrivain canadien déploie un grand nombre de personnages pour multiplier ses angles de vue et touche au profond déséquilibre de l’être humain.
La Fille de l’homme au piano permet de découvrir un pan supplémentaire d’une œuvre poignante, en partie traduite en français (cinq romans sur neuf), de revenir sur les précédents livres de l’auteur aussi, car chaque roman de Findley, en tentant de cerner les différents visages de la folie, défriche inlassablement le même univers. Lily, la mère du narrateur, n’est pas sans rappeler Lilah, l’héroïne schizophrène du Chasseur de têtes.
On se laisse rapidement gagner par la masse romanesque, happer par un texte dense et admirablement construit, qui s’enfonce lentement dans le drame. Charlie retrace sa propre histoire, cherche à retrouver l’identité de son père qu’il n’a pas connu. Il entreprend de « recoller les morceaux du passé familial » en rassemblant les carnets de sa mère : « Ses cahiers ne formaient pas un journal à proprement parler, mais se présentaient plutôt comme des paragraphes disloqués, des phrases -et même des chapitres- dans lesquels elle multipliait les tentatives pour formuler une réponse au fait d’exister. »
Timothy Findley s’attache à la différence, démontre l’isolement inévitable de tout être décalé, son immense sensibilité aussi qui le pousse en dehors du moule de la normalité. Le narrateur se souvient des paroles de sa mère : « Mais toi et moi, nous ne vivons pas dans ce monde, n’est-ce pas ? ». Sujette à des crises d’épilepsie foudroyantes, Lily s’éloigne inéluctablement. Car la folie fait peur et rend l’entourage impuissant. Si l’action du roman est située aux portes de notre siècle, le propos de Findley reste profondément actuel. La Fille de l’homme au piano souligne notre incapacité à sortir de l’enfance pour passer dans le monde des adultes. Charlie semble être le seul à pouvoir déchiffrer le sens des actes de sa mère. Il cherche dans le passé les fondations nécessaires à son existence. À mesure qu’il grandit, il assiste aux renoncements de Lily et devient son protecteur : « J’avais aussi reçu comme cadeau une personne à déchiffrer, à protéger, à analyser. Quand j’affirme que j’étais déjà vieux à huit ans, je me contente d’énoncer une vérité. »
Timothy Findley remue cette part incompressible de douleur qui peut surgir en chacun de nous et nous faire basculer. La guerre s’immisce progressivement dans le roman, comme si le chaos collectif ne devait être que la multiplication inévitable du drame individuel. La Fille de l’homme au piano est un texte bouleversant et tragique. La vie de Lily est une descente aux enfers, le parcours d’une femme aux prises avec un destin tenace, sans issue.

La Fille de l’homme au piano
Timothy Findley
Traduit de l’anglais (Canada)
par Isabelle Maillet
Le Serpent à plumes
504 pages, 139 FF

Tempêtes sous un crâne Par Benoît Broyart
Le Matricule des Anges n°29 , janvier 2000.