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Poésie Au fond de la piscine

juillet 2000 | Le Matricule des Anges n°31 | par Xavier Person

Dans la la la, Jean Lewinski brouille les pistes de la fiction. De la technique de la traduction simultanée appliquée à l’écriture poétique du récit.

Ce serait la guerre et une chanteuse d’opéra s’essaierait à la plongée sous-marine. Un espion se trouverait en possession de documents ultra secrets, amoureux d’une cantatrice dont la technique vocale lui serait un modèle possible dans sa propre pratique de la guérilla. Ou bien le traducteur de documents classés « secret défense », simple documentaliste fasciné par l’étrange beauté du vocabulaire spécifique à la guerre sous-marine, se verrait pris dans une histoire où distinguer le vrai du faux s’avèrerait impossible. On se sait pas. On lit les 2543 brefs paragraphes de la la la de Jean Lewinski comme autant de « réponses inattendues à des questions dont on ignorait tout ».
Des pistes nous sont offertes cependant, tel le mot « scintillation », qui dans un radar comme dans un sonar « est le déplacement rapide de la cible par rapport à la position moyenne ». Les éléments de fiction proposés ne le sont sans doute qu’en vertu d’une loi purement dynamique, une obligation de rapidité, un art de l’esquive.
Dans une absence de ponctuation et de majuscules, différentes strates d’un roman possible, de plusieurs romans probables, s’imbriquent les unes dans les autres, se superposent, mêlant dans une compulsion documentaire des données brutes prises aussi bien à l’art du chant qu’à celui de la guerre, aux techniques de la traduction qu’à celles de la natation. Le passage de scintillation à scintillement se fait par la répétition, la reprise des mêmes éléments et leurs transformations progressives. Tout un art de la variation en « mouvement oscillatoire harmonique ». À moins qu’il ne s’agisse que de l’écoute propre à la traduction simultanée : « écoute flottante où l’on répète ce que l’on vient d’à peine entendre on fait des contresens qui se tiennent ».
L’art du contrepoint serait-il celui du contresens ? Une suspension du sens ? L’art subtil de la répétition propose ici quelque chose de l’ordre de l’évanescence. Quelqu’un quelque part aurait-il disparu ? Ou alors il ne s’agirait que de cartes postales identiques, envoyées du monde entier avec toujours le même texte.
Dans ce bonheur croissant que commande l’abandon à la légèreté, à la seule fascination des surfaces, aux brillances du superficiel, écrire comme s’il ne s’agissait plus que de recopier, de copier et de coller. Capter de belles scintillations, en favoriser la mobilité pour en accentuer l’éclat. Concourir à la fragmentation des scintillements. Ne pas même écrire une seule phrase. Faire jouer les énoncés avant qu’ils ne se figent.
L’écriture se fait par petites touches posées au bord de leur évanouissement. Le mode de l’oscillation ne provoque pas une avancée mais un mouvement très subtil autour du repos, du rien. Tout redevient immobile finalement.
C’est peut-être simplement la photographie assez floue de la surface de l’eau de la piscine. Où plonge la cantatrice qui le plus longtemps possible retient son souffle, glissant dans la transparence de l’eau, disparaissant pour que se propagent les scintillements, que s’accentue leur luminosité.
Cela fait peut-être un pur moment d’amour physique : « des fois tu me déshabilles pour seulement m’embrasser ». On ne sait vraiment pas. On ne lit que les détails de l’histoire. Et encore. Et plus encore.

la la la
Jean Lewinski
Éditions Comp’Act
218 pages, 120 FF

Au fond de la piscine Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°31 , juillet 2000.
LMDA PDF n°31
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